Le spectre de la délocalisation plane

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Qui va être sur la liste noire ? Depuis juin, les milliers d'entreprises qui travaillent pour Airbus vivent dans l'angoisse. Mais elles sont rares à évoquer les conséquences du retard de l'A380. « C'est l'omerta, nous confiait récemment sous couvert d'anonymat le dirigeant d'un sous-traitant, Airbus est un client susceptible. Si on se plaint ouvertement, on se fait taper sur les doigts. » « Les fournisseurs ont peur de se voir couper les commandes », confirme Pierre Sparaco, spécialiste de l'aéronautique et auteur de Airbus : la véritable histoire (éditions Privat). Pour l'heure, les conséquences sont difficiles à évaluer. Hier, Airbus a expliqué qu'il avait trop de fournisseurs et qu'il souhaitait « les inciter à se regrouper ». Des experts s'attendent déjà à des délocalisations. « Nous avons perdu le textile ou la sidérurgie. Aujourd'hui, les industries de pointe sont touchées », remarque Marc Touati, économiste à Natexis Banques populaires. « Ce n'est pas une catastrophe industrielle mais les petits sous-traitants vont souffrir », note Maxime Ronsain, président de PR Consulting, un cabinet de conseil spécialisé dans les restructurations industrielles. « Airbus cherche à rassurer le marché en montrant qu'il va rationaliser sa sous-traitance : moins de fournisseurs, des prix plus intéressants. Ce sera comme dans l'industrie automobile, devenue impitoyable avec ses équipementiers. »

A. B., E. L., L. G.