Tourre, Iksil, Kerviel: Ces Français qui symbolisent la crise des subprimes

FINANCE Ces ex-traders français portent sur leurs épaules une partie du poids de la crise bancaire et des dérives de la finance. Le procès de Fabrice Tourre débute ce lundi...

Bertrand de Volontat

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Fabrice Tourre lors d'une audition devant le Sénat américain, le 27 avril 2010 à Washington
Fabrice Tourre lors d'une audition devant le Sénat américain, le 27 avril 2010 à Washington — AFP

Il est l’un des premiers visages de la crise des «subprime». Il est Français. Fabrice Tourre, ex-courtier de la banque américaine Goldman Sachs, entame ce lundi au tribunal fédéral de New York son procès l’opposant à la SEC, le gendarme boursier américain. Celui-ci aimerait bien le condamner et redorer sa réputation ternie par une complaisance trop grande à l'égard de Wall Street.

Une affaire très médiatisée jugée révélatrice des excès de la finance sans morale des années 2000 qui a plongé des centaines de milliers de familles outre-Atlantique dans la misère.

Jugé pour fraude

Ce matheux, connu sous le surnom «Fab le fabuleux», centralien et diplômé de l'Université de Stanford, est jugé pour «fraude», soupçonné d'avoir sciemment trompé ses clients.

A quelques mois de l'éclatement de la bulle des emprunts hypothécaires à risque, dits «subprime», aux Etats-Unis, il avait conçu début 2007 pour Goldman Sachs un placement basé sur des dérivés d'emprunts immobiliers à risque baptisé «Abacus». Sans préciser par la suite aux acheteurs qu’un fonds spéculatif en avait influencé le contenu et spéculait à la baisse dessus.

Un bouc émissaire?

Fabrice Tourre, qui plaide non coupable, sera seul sur le banc des accusés. Son ancien employeur Goldman Sachs, aussi visé par la plainte initiale de la SEC, a préféré passer un accord à l'amiable, acceptant de payer 550 millions de dollars en 2010, pour solder les poursuites à son encontre. Tourre a refusé tout accord. Et l'affaire pourrait lui coûter cher: la SEC réclame le remboursement des gains mal acquis (un milliards d’euros) assorti d'une amende.

La plainte cite principalement deux banques victimes de la manipulation: l'allemande IKB, que la crise du subprime a mise à genoux, et la néerlandaise ABN Amro, totalement nationalisée depuis. Une condamnation pourrait aussi entraîner une interdiction d'exercer, mais Fabrice Tourre a de toute manière quitté ses fonctions entre-temps.

La proie des médias

Au moment de la révélation de l'affaire Tourre en avril-mai 2010, la presse américaine avait fustigé l'attitude arrogante et suffisante du Français, qui avait refusé de s'excuser lors d'une audition au Congrès. De même, les journaux avaient fait leurs choux gras des fêtes dans son appartement new-yorkais à 4.000 dollars par mois et des 2 millions de dollars qu'il avait gagnés en 2007.

Les médias ont surtout reproduit à l'envi un message érigé en symbole de l'amoralité du secteur financier adressé en janvier 2007 à sa petite amie: «L'édifice entier risque de s'effondrer à tout moment... Seul survivant potentiel, le fabuleux Fab».

La «baleine de Londres», Kerviel, des cas similaires

Fabrice Tourre, n’est pas le seul Français à être devenu un symbole des excès du secteur de la finance. Deux autres cas ont éclatés au grand jour ces dernières années. La «baleine de Londres», alias Bruno Iksil, chez JPMorgan a été à l’origine d’un scandale financier oscillant entre deux et six milliards de  dollars en mai 2012, en compagnie de Julien Grout, un autre Français. Le plus connu, Jérôme Kerviel à la Société Générale, a lui été condamné en octobre 2012, par la cour d’Appel à cinq ans de prison dont trois ferme et à rembourser l'intégralité de sa perte de 4,9 milliards d'euros en dommages et intérêts. Le financier s’est pourvu en cassation et réclame à son tour cette somme à la banque.

Ses procès sont depuis quatre ans surmédiatisés, accueillant en moyenne près de 150 journalistes et divisant l’opinion autour de la responsabilité du trader dans cette perte. Ce dernier s’est même attiré la sympathie de Jean-Luc Mélenchon, politisant la décision de justice. Des cas qui se répètent, laissant les experts affirmer que «les banques ne sont pas à l'abri d'une nouvelle affaire Kerviel», comme nous l'expliquait l'an passé Olivia Dufour auteur de Kerviel: Enquête sur un séisme financier.