Italie: manœuvres et mystère autour de l'éditeur du Corriere della Sera

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Mystère et grandes manœuvres autour du groupe RCS Mediagroup: le propriétaire du principal quotidien italien, le Corriere della Sera, est au cœur d'un feuilleton financier entre ses actionnaires, au premier rang desquels le constructeur Fiat.
Mystère et grandes manœuvres autour du groupe RCS Mediagroup: le propriétaire du principal quotidien italien, le Corriere della Sera, est au cœur d'un feuilleton financier entre ses actionnaires, au premier rang desquels le constructeur Fiat. — AFP

Mystère et grandes manœuvres autour du groupe RCS Mediagroup: le propriétaire du principal quotidien italien, le Corriere della Sera, est au cœur d'un feuilleton financier entre ses actionnaires, au premier rang desquels le constructeur Fiat.

L'éditeur, en difficultés financières, a lancé au début de l'année un vaste chantier de restructuration et entrepris d'augmenter son capital de quelque 400 millions d'euros: une opération qui a ouvert la porte à la recomposition de son actionnariat, qui rassemble à l'heure actuelle de grands noms de l'industrie et de la finance italienne, pour la plupart liés par un pacte. L'opération a déjà apporté son lot de surprises, avec notamment l'entrée en piste de Fiat, qui a annoncé fin juin qu'il allait doubler à 20,135% sa part dans RCS, qualifié d'actif «stratégique».

Fiat contrôle déjà l'un des principaux quotidiens italiens, La Stampa, basé à Turin (nord). Son intérêt renforcé pour RCS a aussitôt faire naître des spéculations sur une alliance, voire une fusion, avec le vénérable Corriere della Sera, lancé il y a 138 ans et pilier de la vie publique italienne. L'initiative du président de Fiat John Elkann s'est immédiatement heurtée à l'opposition de l'homme d'affaires Diego Della Valle, patron du chausseur de luxe Tod's, qui semble lui vouer une sourde inimitié. Détenteur de 8,7% de RCS, il ne fait pas partie du pacte d'actionnaires.

Se déclarant inquiet pour «la liberté d'opinion d'une partie importante de la presse italienne», il en a appelé en vain cette semaine au président de la République, Giorgio Napolitano. Il convient «d'éviter que qui que ce soit tente de prendre le contrôle (de RCS) pour pouvoir ensuite l'utiliser comme instrument de pression», a-t-il plaidé.

Après avoir un temps envisagé de monter lui aussi à 20% du capital de RCS à l'occasion de la cession publique d'un important paquet de titres restés sans acquéreur, M. Della Valle semble à présent y avoir renoncé. Dans ce contexte de confrontation, l'apparition jeudi dans le dossier d'un nouveau protagoniste mystère a pris de court la communauté financière, qui spécule depuis sur son identité: «Le polar de l'été», titrait vendredi La Stampa.

Un acheteur anonyme, peut-être unique, aurait mis la main via divers intermédiaires sur environ 11% du capital de RCS Mediagroup lors de la vente publique de titres non attribués lors de l'augmentation de capital. Fiat, Della Valle et d'autres investisseurs, parmi lesquels les groupes étrangers NewsCorp et Axel Springer, ont tous démenti être derrière ces manœuvres. Seul l'homme d'affaires Urbano Cairo, patron de Cairo Communication, aurait répondu «no comment», relève la presse italienne, qui agite aussi le spectre de «fonds spéculatifs». L'autorité boursière, la Consob, a annoncé ouvrir une information sur la question.

S'il se confirmait que l'acquéreur des 11% est une entité unique, il se retrouverait au 3è rang des actionnaires de RCS Mediagroup derrière Fiat (20,135%) et Mediobanca (15,14%), laquelle a cependant déjà fait savoir qu'elle entendait à terme retirer ses pions.

Le mystère devrait se lever dans les prochains jours. Les membres du pacte d'actionnaires, qui représentent près de 60% de son capital (avant augmentation) devraient se retrouver le 31 juillet, rapporte l'agence Ansa: cette première confrontation après les bouleversements provoqués par l'augmentation de capital pourrait déboucher sur de nouvelles surprises, comme une dissolution du pacte ou sa reformulation.

En attendant, RCS Mediagroup, qui outre le Corriere, édite aussi d'autres titres-phares comme la Gazzetta dello Sport ou les espagnols El Mundo et Expansion, s'efforce d'aller de l'avant avec le sévère plan de relance et d'amaigrissement dévoilé en février. Il a annoncé jeudi soir la cession de sa filiale de services internet Dada à l'homme d'affaire Naguib Sawiris pour 55 millions d'euros, après celle d'une poignée de petits titres de presse en juin. Le plan initial prévoit aussi des centaines de suppressions d'emplois.

RCS Mediagroup a accusé une perte nette de 107,1 M EUR au premier trimestre, près de quatre fois plus importante que l'année précédente et sa dette s'élevait à 902,4 M EUR fin mars 2013.