Au Mali, les affaires reprennent pour les entreprises françaises

Alexandre Sulzer
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Scène de la vie quotidienne à Bamako, capitale du Mali, le 21 janvier 2013.
Scène de la vie quotidienne à Bamako, capitale du Mali, le 21 janvier 2013. — E. FEFERBERG / AFP

Alors que l’opération Serval n’est pas terminée, une deuxième offensive française se prépare au Mali. Cette fois, elle est économique. Les pays donateurs ont promis en effet d’engager 3,287 milliards d’euros en deux ans dans le développement du pays (dont 280 millions pour la France). Paris, qui a été leader dans l’opération militaire, entend bien récupérer une bonne partie du gâteau. Et éviter le scénario libyen où «les Anglais et les Italiens ont eu plus de marchés que nous», décrypte une source diplomatique. Avant la guerre, la France était déjà le premier partenaire économique non-africain du Mali avec un stock de 70 millions d’euros d’investissements en 2011. «Mais on était grignoté par les Chinois», glisse une source proche des milieux d’affaires.

Une délégation du Medef sur place

«Les entreprises françaises sont présentes au Mali depuis longtemps. Elles sont plus stables, apportent des emplois aux Maliens et désormais les positionnent à des places de direction», se réjouit-on au Medef international, qui a envoyé il y a quelques jours à Bamako une délégation composée de 25 sociétés hexagonales. Un atout pour remporter les marchés publics. «L’accueil des Maliens est excellent. L’opération Serval a certainement un impact. Mais est-ce que cela va se traduire en marchés? Il est trop tôt pour le dire. Les Français, en tous les cas, sont prêts à redémarrer», constate la fédération patronale française. Qui prévient toutefois: «Sur le plan sécuritaire, au Sud, on peut retravailler. Au Nord, c’est encore incertain». Or, c’est bien au Nord, zone jusqu’alors négligée par le pouvoir central, que les besoins de revitalisation économique sont les plus criants. Bamako y travaille à un plan de sécurisation des activités ainsi qu’à la restauration des aéroports, endommagés par les combats.

Des chantiers emblématiques

C’est dans cette zone que le chantier de la route Léré-Tombouctou, géré par la société Sogea-Satom, une filiale de Vinci, doit reprendre prochainement. Il avait été interrompu en raison de la situation sécuritaire en 2012. Parmi les autres grands projets lorgnés par la France: une usine d’adduction d’eau et une déchetterie centralisée à Bamako ou encore la privatisation de l’aéroport de la capitale malienne. «Nous n’avons pas de chiffres précis sur le nombre de contrats remportés mais la proportion est très favorable aux entreprises françaises», fait valoir une source proche du dossier. Des marchés publics emblématiques ont d’ores et déjà remportés: Bull pour un serveur informatique qui profitera aux douanes, Safran-Morpho pour la carte d’identité/d’électeur Nina à destination de près de sept millions d’électeurs appelés aux urnes pour l’élection présidentielle de la fin juillet.

Un avantage qui pourrait s’estomper

«La France a eu une place particulière au Mali, ils nous aiment bien. Mais on ne va pas leur rappeler tous les jours leur dette de sang. Cet avantage va progressivement s’estomper», met en garde une source diplomatique. Autre marché convoité: les 130 millions d’euros de marchés publics qui accompagnent la mise en place de la mission de l’ONU pour la stabilisation du Mali (Minusma). «Traditionnellement, les Français sont très mauvais sur les marchés onusiens mais là, on va faire le maximum.» Si la France n’a pas obtenu le catering, c’est bien Total qui a remporté l’approvisionnement en pétrole. Et Paris vise la construction des camps chargés d’accueillir les Casques bleus. Dans le secteur privé, les Français souhaitent investir dans l’agro-industriel et le textile. Un projet d’hôtel trois étoiles, sous l’enseigne Onomo, est aussi sur les rails à Bamako. Un signe en soi de l’espoir de voir les hommes d’affaires revenir en masse.