Faut-il encore placer ses économies sur un livret A?

Mathieu Bruckmüller

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Un Livret A.
Un Livret A. — APESTEGUY/SIPA

Encore une mauvaise nouvelle pour le portefeuille des ménages au creux de l’été. Alors que le gouvernement a acté une augmentation de 5% des tarifs de l’électricité le 1er août, il vient d'annoncer ce jeudi une baisse de la rémunération du livret A.

Moscovici pris en tenaille

De 1,75%, elle passe à 1,25%, comme en 2009. Et encore la diminution aurait pu être de trois quart de point à 1% si le ministre de l'Economie Pierre Moscovici avait appliqué à la lettre la formule de calcul prévue par la loi, basée en partie sur le niveau de l’inflation (hors tabac) qui en juin a progressé de 0,8% sur un an. Mais politiquement, il lui était difficile d'accepter une baisse aussi forte du produit d’épargne préféré des ménages, après celle d’un demi point en février.

Le ministre de l’Economie est pris en tenaille entre son souhait de préserver le pouvoir d’achat du livret A et les demandes des banques qui doivent mettre davantage de liquidités en réserve, en cas de coups durs, pour se conformer aux exigences prudentielles de Bâle III. Or, 65% des sommes placées sur le livret A leurs échappent puisqu’elles rejoignent la Caisse des dépôts afin de financer notamment le logement social. Il a donc suivi les recommandations de la Banque de France qui a proposé vendredi de limiter la baisse du taux du Livret A à 1,25%

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Le livret A victime de son succès

Jusqu’ici, la rémunération attractive du livret A a incité les épargnants à vider leurs comptes courant et autres livrets bancaires pour les placer sur le livret A. La preuve, l’an dernier, à la suite de la promesse du candidat Hollande de doubler son plafond au cours du quinquennat, aujourd’hui à 22.950 euros contre 15.300 euros auparavant, la collecte nette a atteint 32,6 milliards d’euros, bien plus que les 23,6 milliards d’euros récoltés en 2008.

Dans tous les cas, le rendement, retraité de la hausse des prix, demeurera positif contrairement aux années 1980-1990 pendant lesquelles l’inflation galopait à 10% avec une rémunération du Livret A à 7%. « On n’a jamais fait fortune avec le livret A», souligne le secrétaire général du Cercle des épargnants, Philippe Crevel, qui s’attend donc à un léger tassement de la collecte en 2013. En effet, certains épargnants qui n’ont pas besoin de leur placement à court terme pourraient décider de miser davantage sur l’assurance-vie qui offre un rendement de 3% sur les fonds euros, pénalisée jusqu’ici par l’insolente santé du livret A.

Un placement toujours intéressant

Mais pour les personnes qui ont besoin d’un produit d’épargne défiscalisé avec un capital garanti à tout moment, le livret A restera incontournable. Au grand dam des institutions financières malgré des offres chocs sur les livrets bancaires. Exemple avec Distinguo, PSA Banque propose un taux de 5,5% bruts dans la limite de 75.000 euros. Les sommes placées sont ensuite prêtées aux clients du constructeur pour financer l’acquisition d’un véhicule. Seul hic, le taux retombe à 2,2% au bout de quatre mois. Sans compter ensuite que ces revenus du capital sont soumis à l’impôt sur le revenu depuis le 1er janvier auquel il faut ajouter 15,5% de prélèvements sociaux.