La nouvelle vie de Jérôme Kerviel

Vincent Vantighem

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L'ancien trader de la Société Générale Jérôme Kerviel lors du troisième jour de son procès à Paris le 10 juin 2010.
L'ancien trader de la Société Générale Jérôme Kerviel lors du troisième jour de son procès à Paris le 10 juin 2010. — MARTIN BUREAU/AFP

«Hier, c’est le passé. Demain, c’est le futur. Aujourd’hui, c’est un cadeau. C’est pour cela qu’on l’appelle le présent!» Ce n'est pas le message laissé par une lycéenne sur l’agenda de sa meilleure copine avant les grandes vacances mais celui qu'a choisi, le 20 juin, Jérôme Kerviel pour orner sa page Facebook.

Condamné en appel en octobre 2012 pour avoir causé des pertes historiques à la Société Générale, l’ancien trader a sans doute raison de ne pas trop songer à son avenir. Si son pourvoi en cassation est rejeté, il devra passer trois ans en prison et rembourser 4,01 milliards d’euros à son ancien employeur.

Il vit reclus dans le cabinet de son avocat

«Une vie ne suffirait pas à rembourser», confie un de ses proches. C’est sans doute pour cela que le trentenaire originaire de Pont-l’Abbé a décidé de contre-attaquer en saisissant le conseil des prud’hommes de Paris. Ce jeudi matin, il demandera ainsi la requalification de son licenciement pour faute lourde et 4,91 milliards d’euros d’indemnités pour «préjudice moral» pour le mal que toute cette affaire a fait à son image.

 Jérôme Kerviel a eu le temps de penser à tout ça. «Sa vie s’est arrêtée depuis cette condamnation, confie Julien Bayou. Il n’a plus de vie sociale, plus de travail, plus d’argent, plus rien…» Le conseiller régional (EELV) d’Ile-de-France a rencontré l’ancien trader à deux reprises ces dernières semaines pour l’assurer de son soutien. «Il vit quasiment reclus dans le cabinet de son avocat. Il reste là parce qu’il n’a nulle part où aller. En attendant, il ressasse encore et encore cette affaire…»

>> Pourquoi Jérôme Kerviel réclame 4,9 milliards d'euros à la Société Générale.

«C’est un gamin qu’on a poussé du 8è étage»

Il multiplie aussi les rendez-vous avec ceux qui lui témoignent de la sympathie et qui peuvent faire avancer sa cause. Il y a un mois, il a ainsi pris le TGV direction Valence (Drôme) pour rencontrer Roland Agret. Condamné à tort pour un meurtre qu’il n’a pas commis, cet homme vient aujourd’hui en aide aux victimes d’erreurs judiciaires à travers son association Action Justice.

«Quand Kerviel est arrivé devant moi, j’ai eu l’impression de voir un gamin qu’on aurait poussé du 8e étage, confie ce dernier à 20 Minutes. Il se pose beaucoup de questions sur son avenir. Il ne peut pas travailler. Il ne peut pas se marier non plus. Il m’a dit qu’il ne pourrait pas assurer la sécurité financière d’une famille…» Roland Agret ne lui a finalement donné qu’un conseil à l’ex-trader. «Je lui ai dit qu’on ne pouvait pas se battre à genoux. Mais qu’on le pouvait si on se mettait debout.»

Il dit «Je t’aime» à sa mère tous les jours

«Abattu», «dévasté», « à terre», selon différents interlocuteurs, Jérôme Kerviel n’en reste pas moins «très combattif» et «très entouré» selon un de ses proches qui préfère garder l’anonymat. «Il s’est beaucoup rapproché de sa mère, notamment», confie ce dernier. Agée et souffrante, cette dernière était une autre source d’inquiétude pour l’ancien trader quand la condamnation a été prononcée.

La première fois que ma mère m’a dit "Je t’aime", c’était quand j’étais en détention. Désormais, on se le dit tous les jours», a-t-il confié au micro de RTL en février. «Il a bien compris que c’est sa vie qui était en jeu aujourd’hui», conclut Julien Bayou.