A quoi servent encore les opérateurs virtuels après l'arrivée de Free?

Claire Planchard

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Lancement de La Poste Mobile le 23 mai 2011.
Lancement de La Poste Mobile le 23 mai 2011. — DURAND FLORENCE/SIPA

Dépassés et inutiles les MVNO? Pas si sûr. Lebara, NRJ Mobile, Virgin Mobile, Prixtel ou encore La Poste Mobile : un an et demi après l’arrivée de Free Mobile, on compte toujours plus d’une vingtaine de ces opérateurs dépourvus de réseau en propre et qui achètent des minutes en gros aux trois historiques Orange, SFR ou Bouygues. Leur leader, Virgin Mobile, vient même de publier ce mercredi des résultats en hausse pour la 7e année consécutive, avec un chiffre d’affaires de 560 millions d’euros (+8%) et un parc de 1,7 million de clients (+1%).

Un positionnement low-cost menacé

«Depuis l’arrivée du 4e opérateur, certaines instances publiques semblent considérer qu’il y a assez de concurrence et que les MVNO ne servent plus à rien. Ce n’est pas aux pouvoirs publics de dire si une entreprise est utile ou non: l’arbitre du marché ce sont les consommateurs. Or les résultats publiés mercredi par Virgin Mobile montrent qu’ils ont décidé que les MVNO avaient un rôle à jouer, et ils sont 8 millions à utiliser les services d'un MVNO», martèle Léonidas Kalogeropoulos, le délégué général d’Alternative Mobile, association réunissant 9 principaux MVNO français.

Mais tout n’est pas rose. Après être passé de 5 à 13% du parc mobile grand public entre 2008 et 2012, l’arrivée de Free Mobile a marqué un coup d’arrêt au développement de ce secteur. «La situation est plus difficile aujourd’hui pour les MVNO. Avant la révolution Free,  il leur suffisait d’être low-cost pour exister. Les opérateurs leur laissaient de la place car c’était un partenariat gagnant-gagnant : les MVNO leur permettaient de gagner des niches de client à moindre frais alors même qu’ils leurs reversaient une part conséquente de leurs revenus. Mais aujourd’hui, ils sont pris en tenaille entre les offres Free et les offres low cost des opérateurs (Sosh, Red, B&You)», analyse Antoine Géron du cabinet spécialisé en nouvelles technologies Polyconseil.

L’autorité de la concurrence en alerte

Une situation qui inquiète l’Autorité de la concurrence: saisie en septembre par Alternative Mobile, elle a rendu en janvier un avis en forme de rappel à l’ordre pour les quatre grands opérateurs.

« Les MVNO jouent un rôle essentiel dans l’animation du marché en contribuant, notamment à enrichir l’offre proposée aux consommateurs. Dans un contexte marqué par une forte baisse des prix et l’arrivée de la 4G, il est indispensable que les conditions qui leur sont faites par les opérateurs hôtes leur permettent dès à présent de bâtir des offres attractives », écrit-elle. Sans quoi, « la crainte existe de voir marginaliser ces acteurs » selon l’autorité.

Concentration et créativité

Selon les informations de 20 Minutes, Auchan Télécom aurait ainsi décidé de jeter l’éponge après six ans d’activité sans aucun bénéfice. Une mise en vente, qui si elle est confirmée, pourrait intéresser son fournisseur SFR, ou d’autres opérateurs virtuels.

«Il va nécessairement y avoir une concentration des acteurs, à l’image celle qui s’est opérée en 2005-2007 sur le marché des Fournisseurs d’Accès Internet (ADSL)», estime Antoine Géron.

Positionnement de niche, ethnique (Lebara), local (Transatel), séniors (Bazile) ou jeunes (NRJ Mobile), professionnelle (Legos) ou offensive généraliste grand public (Virgin Mobile et sa nouvelle offre associant un forfait sans engagement à un smartphone): les stratégies marketing des MVNO sont très variées.

«Après un moment de tangage chacun va retrouver ses marques: quand un MVNO va bien, cela profite à toute la chaine de valeur des télécoms puisque les MVNO achètent des minutes aux 3 opérateurs "historiques"», tempère le délégué général d’Alternative mobile.