Benoît Hamon: «Soutenir le secteur associatif est ma priorité»

Propos recueillis par Céline Boff

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Benoît Hamon, ministre délégué chargé de l'économie sociale et solidaire (ESS) et de la consommation.
Benoît Hamon, ministre délégué chargé de l'économie sociale et solidaire (ESS) et de la consommation. — LOIC VENANCE / AFP

Associations, fondations, coopératives, mutuelles… Depuis 2000, cette économie sociale et solidaire (ESS) n’a jamais réduit ses effectifs. Mieux, alors que le nombre de salariés a progressé de 7,3% dans le privé ces douze dernières années, la hausse est de… 23,8% dans l’ESS.

C’est ce que révèle le réseau d’experts Recherches et Solidarités, dans un bilan complet et inédit, dévoilé en exclusivité par 20 Minutes. Nous avons profité de cette occasion pour interroger le ministre Benoît Hamon, qui présentera le 24 juillet son projet de loi visant à favoriser le développement de ce secteur. 

Quelle est votre réaction à ce bilan?

Ce bilan annuel, établi sur des bases statistiques solides, est très précieux. D’abord parce qu’il confirme la place majeure occupée par l'ESS dans l'ensemble de l'économie. Désormais, ce secteur emploie 2,36 millions de salariés, soit un emploi privé sur huit. A lui seul, le secteur associatif pèse davantage que le secteur de la construction.

Ce bilan nous prouve également la résilience de ce mode d'entreprendre autrement, qui continue de connaître la croissance. Y compris en 2012. Alors que nous vivons la crise économique la plus grave depuis les années trente, ce secteur a créé des emplois l’an dernier: +0,3%, quand le privé réduisait légèrement ses effectifs (-0,1%).

Quelles conclusions en tirez-vous?

Toute mon action depuis un an est de renforcer cette dynamique. Désormais, les aides aux recrutements bénéficient largement aux employeurs de l'ESS. Ainsi, 50% des emplois d'avenir sont recrutés par ces derniers. J’ai également obtenu que l'innovation sociale soit enfin financée. A Bercy, le 2 juillet prochain, le directeur général de la Banque publique d’investissement (BPI) viendra présenter à tous les entrepreneurs de l'ESS (associations, coopératives, mutuelles, fondations, entreprises d'insertion, entreprises adaptées, etc.) l’ensemble des financements qu’ils peuvent désormais solliciter pour développer leurs projets.

Les associations constituent la majeure partie des établissements et des emplois de l’ESS et elles souffrent d’une baisse continue des subventions de l’Etat et des collectivités. Quelle réponse apportez-vous?

Il est indéniable que le secteur associatif connaît des évolutions structurelles qui sont comme autant d’alertes pour les pouvoirs publics. D’abord, son modèle est fortement concurrencé par le secteur lucratif, qui porte une offre standardisée, produite à des coûts plus bas du fait d’une politique de ressources humaines moins favorable aux salariés.

Ensuite, les tensions financières sont réelles, en raison de la réduction des subventions publiques. En 2011, le secteur associatif a connu le premier recul de son histoire en termes de créations d'emplois. En 2012, l'évolution est légèrement positive (+0,1%), ce qui est une excellente nouvelle au regard de ce qui se passe dans l'ensemble du secteur privé. Mais la vigilance reste de mise car les signaux au premier trimestre de cette année semblent négatifs.

Bref, la mobilisation pour soutenir le secteur associatif à passer cette période de crise économique est encore et toujours d'actualité: ma politique de l'emploi pour le secteur est faite pour cela, ma politique de financement de l'ESS aussi.

Justement, vous allez présenter le 24 juillet un projet de loi en conseil des ministres. Quels sont ses contours?

Ce texte permettra la reconnaissance et le développement de l'ESS. Diverses mesures favorables aux associations y sont inscrites, telles que la sécurisation de la subvention, le meilleur fléchage de la commande publique ou encore l’accompagnement renforcé de la politique de ressources humaines. A la demande du gouvernement, un travail visant à instaurer une fiscalité plus favorable pour le secteur non lucratif est également en cours. Il a été confié à des parlementaires.