Portugal: le plan pour endiguer le chômage des jeunes critiqué

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Plus de 26 millions de personnes sont au chômage en Europe, dont 5,6 millions de moins de 25 ans, faisant craindre l'émergence d'une "génération perdue"
Plus de 26 millions de personnes sont au chômage en Europe, dont 5,6 millions de moins de 25 ans, faisant craindre l'émergence d'une "génération perdue" — Henriques Da Cunha AFP

Lancé il y a un an, puis tout juste reformulé, le programme créé par le gouvernement portugais pour endiguer le chômage des jeunes affiche de maigres résultats, suscitant scepticisme et critiques dans ce pays en pleine récession et soumis à un exigeant plan d'aide internationale.

Le chômage des jeunes, thème central du sommet européen qui se tiendra jeudi et vendredi, figure parmi les principales inquiétudes au Portugal, où il touchait 42,1% des moins de 25 ans à la fin mars, contre 27,8% deux ans plus tôt, à la veille de la demande d'aide financière adressée par Lisbonne à l'Union européenne et au Fonds monétaire international.

Pour freiner la tendance, le gouvernement de centre droit a créé le programme «Elan jeune», qui visait à aider 90.000 jeunes d'ici la fin de cette année en subventionnant leur embauche ou en finançant des stages professionnels.

Mais l'initiative, doté d'un budget de 932 millions d'euros dont 344 millions puisés dans les fonds européens, n'a jusqu'ici bénéficié qu'à 11.400 jeunes, a indiqué à l'AFP son directeur, Vitor Moura Pinheiro, qui prévoit bientôt de porter à 19.000 le nombre de candidatures approuvées.

«On peut toujours voir le verre à moitié plein ou à moitié vide, mais nous jugeons extrêmement important d'aider les jeunes à ouvrir les portes du marché du travail même si l'économie est en récession», a-t-il expliqué.

Le programme, a-t-il rappelé, a été conçu pour que les jeunes, plus qualifiés en langues et en nouvelles technologies, puissent contribuer à l'internationalisation des entreprises portugaises, un enjeu crucial pour une économie qui, croulant sous le poids de la sévère cure d'austérité imposée par les créanciers du pays, devrait connaître en 2013 sa troisième année consécutive de récession avec un recul du PIB de 2,3%.

«Aussi bon que soit cet +Elan jeune+, il n'inversera pas le problème du chômage des jeunes car aucun programme de promotion de l'emploi ne peut marcher dans une économie en récession», a critiqué Joao Machado, président de la Confédération des agriculteurs portugais.

Un mécontentement «normal»

«Ces programmes du gouvernement et de l'Union européenne sont présentés comme la panacée, mais notre problème de fond c'est ce plan d'aide qui empêche notre croissance», a-t-il dit au nom des quatre organisations patronales qui sont montées au créneau contre une politique de rigueur de plus en plus contestée.

Le ministre de l'Economie, Alvaro Santos Pereira, a annoncé la semaine dernière une reformulation du programme «Elan jeune» afin d'en simplifier les procédures, réduites à deux modalités: l'exonération partielle ou totale des charges patronales sur les emplois créés pour des jeunes et des stages professionnels subventionnés jusqu'à 100%.

Le gouvernement, qui souhaite ainsi anticiper les objectifs du dispositif «Garantie pour la jeunesse» récemment approuvé par les 27 pays de l'Union européenne, se donne désormais un an pour aider 120.000 jeunes.

Pour l'anecdote, le discours du ministre a été interrompu par une poignée de manifestants criant «on veut des emplois, pas des stages!». «C'est normal que les jeunes soient mécontents en ce moment, (...) c'est pour cela que ces mesures sont importantes», avait réagi M. Santos Pereira.

Mais selon Ana Rajado, porte-parole du Mouvement Sans Emploi, «le programme +Elan jeune+ est une politique de promotion de la précarité, pas de l'emploi».

Pour cette géographe de 35 ans, au chômage depuis deux ans, le gouvernement, qui a déjà passé une importante réforme assouplissant le marché du travail, souhaite en réalité «faciliter le licenciement des personnes plus âgées pour les remplacer par des jeunes plus productifs et plus qualifiés, qui acceptent de travailler avec moins de droits sociaux».

La militante se montre également sceptique sur les solutions qui sortiront du sommet européen car, dit-elle en évoquant le cas des infirmiers qui quittent le Portugal pour travailler dans le nord de l'Europe, «ce chômage élevé dans les pays du sud permet aussi de faire baisser les salaires en France ou en Allemagne».