Prix des médicaments: Une eurodéputée s'attaque à la «gabegie»

SANTE Une nouvelle étude dévoilée lundi par l'eurodéputée Michèle Rivasi dénonce le niveau excessif des dépenses en France...

Claire Planchard
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Dans une pharmacie à Paris, le 13 juin 2013.
Dans une pharmacie à Paris, le 13 juin 2013. — V. WARTNER / 20 MINUTES

Pour renflouer les caisses de la sécurité sociale, inutile de diminuer les allocations familiales ou de taxer les retraités. Pour Michèle Rivasi, eurodéputée écologiste, membre de la commission Santé au Parlement européen, il suffirait pour cela de s’attaquer à la manne gigantesque des laboratoires pharmaceutiques en France.

10 milliards d’euros d’économies

Selon une étude présentée lundi avec le pharmacien «lanceur d’alerte» Serge Rader et le président de l’institut Necker Philippe Even, réduire notre consommation de médicaments de 10% par an permettrait en effet d’économiser 10 milliards d’euros en trois ans… et de résorber haut la main le déficit de 7,9 milliards de la branche maladie attendu en 2013.

Or, pour y parvenir «nos marges de manœuvre sont immenses, sans casser le système ni nuire à la santé des patients», assure Serge Rader. La France reste en effet le 2e marché mondial de médicaments, derrière les Etats-Unis. Nous consommerions notamment 8 fois plus de tranquillisants  qu’en Allemagne, 46% de plus de statines anti-cholestérol et 50% de plus d’antidiabétiques que la moyenne européenne. «Une gabegie» qui n’a cessé de progresser depuis 30 ans, nos dépenses annuelles passant de 5 milliards d’euros en 1980 à 38,5 milliards en 2012.

Et la baisse annoncée des volumes (2,732 millions de boite en 2006 contre 2,5 millions en 2012) ne serait aussi qu’apparente : en réalité, ils ont augmenté avec le développement des conditionnements trimestriels qui représentent 15,7% des ventes. Et «au moins 10% des médicaments vendus seraient jetés», soutient Philippe Even.

Des médicaments plus chers, sans être toujours plus efficaces

A côté de cette surconsommation l’étude dénonce aussi les prix excessifs pratiqués en France, où le générique, moins cher que le princeps (médicament original), ne représente toujours que 31% du marché en volume, contre 50% à 60% en Grande-Bretagne ou en Allemagne et 80% aux Etats-Unis.

Pour une même spécialité, l’écart de prix entre le France et l’Italie atteindrait ainsi 100% pour le princeps et 50% pour le générique selon les relevé de l’enquête!

Parmi les causes de surcoût, les auteurs dénoncent notamment  l’autorisation de contre-génériques (« simple changement de dosages ») ou de copies très proches («me too») destinés à préserver les brevets et le prix de remboursement excessif, mais aussi le lobbying intense des industriels du secteur auprès des pouvoirs publics et des médecins.

Réformer la filière

«Il n’est pas normal de prescrire des médicaments les plus récents et les plus chers quand il existe des alternatives thérapeutiques moins onéreuses, aussi efficaces voire plus, mieux connues en terme de pharmacovigilance notamment dans le répertoire générique», dénonce Serge Rader.

Pour mettre fin à ce gaspillage, les auteurs proposent une série de mesures drastiques : nettoyer la pharmacopée de tous les médicaments ASMR 5 (c'est-à-dire sans plus value thérapeutique) et n’accorder de remboursement qu’en cas de forte baisse de prix ; dissoudre le comité économique des produits de santé (CEPS) qui fixe discrétionnairement le prix de remboursement et favoriser les appels d’offres publics pour offrir les génériques les moins chers; remplacer la marge commerciale dégressive perçue par les pharmaciens par  un paiement à l’honoraire;  ou encore développer partenariat de recherche entre l’Etat et les laboratoires dont les objectifs ne seraient plus liés à des créneaux commerciaux mais à de réels enjeux de santé publique.