Russie: La baisse du rouble, arme à double tranchant

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Le gouvernement russe, en manque de bonnes nouvelles sur le front économique, a trouvé une raison d'espérer avec la chute du rouble, potentielle bouffée d'air frais pour l'économie et le budget.
Le gouvernement russe, en manque de bonnes nouvelles sur le front économique, a trouvé une raison d'espérer avec la chute du rouble, potentielle bouffée d'air frais pour l'économie et le budget. — Dmitry Kostyukov AFP

Le gouvernement russe, en manque de bonnes nouvelles sur le front économique, a trouvé une raison d'espérer avec la chute du rouble, potentielle bouffée d'air frais pour l'économie et le budget.

Mais l'affaiblissement de la monnaie nationale a aussi suscité d'intenses spéculations concernant une possible dévaluation aux conséquences imprévisibles. Le sujet a été relancé jeudi par un nouveau décrochage de la devise, au moment où l'élite économique russe se réunissait pour le Forum économique international de Saint-Pétersbourg, organisé chaque année dans l'ancienne capitale impériale.

Face à la monnaie américaine, le rouble est tombé au plus bas depuis juin 2012, à 32,85 roubles pour un dollar. Face à la monnaie européenne, il est à son plus bas niveau depuis octobre 2011, à 43,39 roubles. Ce mouvement a été entraîné par l'avertissement de la banque centrale des Etats-Unis, qui pourrait réduire dès cette année son soutien à l'économie après avoir injecté depuis la crise des montants massifs dans le système financier.

Avec cet argent facile, les investisseurs s'étaient rués vers les marchés des pays émergents à la recherche de profits rapides mais ils se rendent désormais comptent que ce mécanisme ne fonctionnera pas éternellement. Le ministre de l'Economie Andreï Belooussov a accusé jeudi le niveau élevé du rouble d'avoir causé en partie le coup de frein subi par l'activité depuis la fin 2012, en rendant l'économie russe moins compétitive.

Le gouvernement n'attend plus que 2,4% de croissance cette année, contre 3,4% en 2012. Le repli de la devise russe s'apparente donc à une bonne nouvelle.

Le ministre de l'Energie Alexandre Novak a de son côté relevé qu'un rouble plus faible entraînait, «en théorie», des revenus plus élevés pour le budget, alimenté en grande partie par les exportations de gaz et pétrole vendus en dollars. Autrement dit, il s'agit «d'investissements en plus», a-t-il dit à l'agence Itar-Tass, au moment où le gouvernement dispose de marges de manoeuvre limitées pour relancer l'économie.

Mais la chute du rouble a aussi été précipitée par des propos du ministre des Finances, qui a indiqué lundi vouloir procéder pendant l'été à des achats de devises étrangères pour remplir ses réserves. Anton Silouanov a relevé que la baisse légère du rouble qui pourrait suivre bénéficierait à l'économie et au budget, laissant entendre que les pouvoirs publics voyaient avec bienveillance la monnaie se déprécier.

Ces déclarations ont effrayé certains investisseurs, qui se sont délestés de leurs roubles de peur de les voir perdre leur valeur. Relativisée par les analystes, l'idée d'une dévaluation, qui rappelle en Russie les heures les plus sombres de la crise de 1998, a entraîné une série de démentis du gouvernement.

«Aucune dévaluation n'est prévue», a répété jeudi Silouanov, interrogé par les agences russes dans les couloirs du forum économique, répétant que c'était au marché de fixer les taux de changes. Le numéro deux du gouvernement, Igor Chouvalov, a qualifié l'idée de «fantaisiste».

«Si le rouble s'affaiblissait un peu, cela serait très bien pour les revenus du budget. Mais nous ne ferons rien» pour cela, a-t-il tranché sur la radio Echo de Moscou. Au delà de la crainte d'une chute incontrôlée, les bienfaits même de la dépréciation sont contestés.

«Je ne pense pas que cela aidera l'économie», a estimé, cité par les agences russes, le numéro deux de la banque centrale, Alexeï Oulioukaev, pressenti pour devenir ministre de l'Economie.

Dans un rapport publié cette semaine, le Fonds monétaire international a jugé que toute tentative de relance monétaire ou budgétaire aurait peu d'effet en Russie, où l'économie avance déjà selon lui à son rythme de croissance maximum, et aurait pour principale conséquence de renforcer l'inflation.

Pour l'économiste Julia Tsepliaeva, de BNP Paribas, les bénéfices de la baisse du rouble «pourraient être annulés par un ralentissement drastique et rapide des importations des biens d'investissements et par une baisse de la consommation».