Après Virgin, à qui le tour?

COMMERCE Après la mise en liquidation judiciaire lundi du groupe Virgin, la santé d'autres acteurs des biens culturels et des matériels électroniques inquiète...

Claire Planchard

— 

Rayon du Virgin Megastore des Champs Elysées en 2003.
Rayon du Virgin Megastore des Champs Elysées en 2003. — IAFRATE PATRICK/SIPA

Hasard du calendrier ou signal d’alarme? La rumeur d’un projet de «600 suppressions de postes supplémentaires dans les mois à venir» à la Fnac lancée dans Le Parisien ce lundi, jour de la mise en liquidation de son concurrent Virgin par le tribunal de commerce de Paris, renforce l’inquiétude des syndicats.

Rumeurs crédibles à la Fnac

Alors que la Fnac doit être mise en bourse ce jeudi, ces informations livrées par un responsable anonyme de sa maison mère Kerring (ex-PPR), ont tout d'un «ballon d'essai» pour Laurent Degousée, représentant de SUD commerce en Ile-de-France.

Et les démentis formels de l’enseigne n’apaisent pas les esprits. Un an après la présentation d’un plan de 80 millions d'euros d'économies prévoyant la suppression de plus de 500 postes dans le monde, la Fnac a vu sa perte nette quadrupler en 2012, atteignant 141,7 millions d'euros. Et des sources syndicales citées par l’AFP pointent que les documents mis en ligne à l'attention des investisseurs potentiels évoquent un nouveau plan d'économies de 80 à 85 millions d'économies pour 2013-2014. Sans préciser la façon d’y parvenir.

«On sait bien que dès qu’on veut réduire les coûts, ce sont les salariés qui trinquent car ce sont eux les plus chers», alerte Alexandre Torgomian, secrétaire général de la CFDT commerce d’Ile-de-France, sans pour autant envisager un scénario à la Virgin.

Des enseignes doublement fragilisées

Même inquiétude autour du cas de Darty. Après l’échec de son plan d’internationalisation, le spécialiste de l’électroménager amorce un recentrage sur ses marchés stratégiques, France en tête, et un plan de réorganisation drastique de ses fonctions supports. Son nouveau directeur général Régis Schultz a beau démentir tout projet de réduction des effectifs en magasins ou au sein du SAV, les syndicats ne voient pas comment il pourra tenir son objectif de 20 millions d’euros d’économies par an, sans tailler à terme dans ses effectifs.

Après la liquidation de Surcouf en septembre 2012 et la mise en redressement judiciaire du distributeur de jeux vidéo Game en janvier, les regards se tournent aussi vers les libraires. Le groupe Chapitre, filiale de Actissia, a annoncé en avril vouloir fermer 12 de ses 57 librairies avec 219 suppressions d’emplois à la clé. Le réseau de librairie d’occasion Mona Lisait vient lui d’être placé en redressement judiciaire. « Le secteur a affiché pour la première fois deux années consécutives de recul de son chiffre de d’affaires: on a l’impression qu’on amorce une tendance de fond et vu l’étroitesse  de leurs marges, on peut craindre une catastrophe, c'est-à-dire la disparition d’un métier mais aussi de réseaux de distribution», conclut Karl Ghazi.

A l’inquiétude générale liée aux mutations structurelles du secteur (concurrence prix agressive des sites de vente en ligne, dématérialisation du marché de la musique, réduction du nombre de grands lecteurs, saturation du marché des téléviseurs, etc.) viennent aujourd’hui s’ajouter les craintes liées à la dégradation de la conjoncture: «le contexte de crise violente accentue la fragilité d’entreprises en situation délicate et pousse même certaines à profiter d’un effet d’aubaine en menant des restructurations qui ne sont pas vitales», poursuit la CGT Commerce, qui place clairement la Fnac dans cette seconde catégorie.