Orange: Pourquoi Stéphane Richard est resté aux commandes

AFFAIRE TAPIE Stéphane Richard a survécu à sa mise en examen mercredi pour «escroquerie en bande organisée» dans le cadre de l'enquête sur l'arbitrage Tapie/Crédit Lyonnais...

Claire Planchard

— 

Stéphane Richard, le PDG d'Orange, le 14 janvier à Paris.
Stéphane Richard, le PDG d'Orange, le 14 janvier à Paris. — CHAMUSSY/SIPA

Le besoin de stabilité, plus fort que la moralisation de la vie publique. Le conseil d’administration d’Orange, qui comprend 3 représentants de l’Etat et 4 du personnel (CGT, CFDT et Sud) sur un total de 15 membres, a majoritairement soutenu le patron d’Orange ce lundi en dépit de sa mise en examen mercredi dans l’affaire Tapie/Crédit Lyonnais, en tant qu’ancien directeur de cabinet de la ministre de l’Economie de l’époque Christine Lagarde.

Le Conseil d'administration «a décidé de renouveler sa pleine confiance à Stéphane Richard pour continuer à relever, avec la même énergie, les nombreux défis d'Orange, dans l'intérêt de l'entreprise, de ses salariés, de ses clients et de ses actionnaires», selon un communiqué officiel publé dans la foulée.

 

Soutien officiel

Depuis ce week-end, l’affaire semblait pliée. Malgré l’appel à la démission du ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg («Nous devons tous être exemplaires, ministres et patrons d’entreprises publiques», a-t-il déclaré le 6 juin au Monde) , François Hollande avait  annoncé dès dimanche soir sur M6 que les trois représentant de l'Etat au conseil d'administration voteraient ce lundi après-midi en faveur d'une reconduction de Stéphane Richard à la tête du groupe pour éviter de déstabiliser l'entreprise.

Une annonce aussitôt saluée par le syndicat CFE-CGC/Unsa, qui avait appelé à un rassemblement ce lundi devant le siège social à Paris lors de la tenue du conseil d'administration pour appuyer Stéphane Richard. Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO, et Laurent Berger, son homologue à la CFDT, se sont à leur tour relayés ce lundi dans les médias pour justifier leur soutien au PDG d’Orange, au même titre que les administrateurs privés.

L’intérêt de l’entreprise

Pourquoi une telle unanimité? L’enjeu financier et industriel était semble-t-il trop important pour improviser une succession à tête d’un groupe qui emploie 170.000 personnes dans 31 pays, qui est coté à Paris et New York et qui se trouve confronté à un climat extrêmement concurrentiel depuis l'arrivée de Free Mobile sur le marché en janvier 2012. L’annonce du soutien présidentiel avait d’ailleurs permis dès ce lundi matin au titre Orange de reprendre des couleurs en bourse.

Après le drame de la crise «dite des suicides» qui avait secoué Orange entre 2007 et 2009, les représentants syndicaux estimaient aussi que changer de direction risquait de mettre en péril la fragile paix sociale reconquise par Stéphane Richard. «Il y a eu trois PDG en 5 ans», «une situation extrêmement difficile et dramatique» et «l'arrivée de Stéphane Richard a coïncidé avec une amélioration des relations sociales même s'il y a beaucoup de travail à faire pour le bien-être des salariés à Orange, donc je soutiens l'équipe CFDT d'Orange qui pense qu'il faut une continuité à la tête de Orange», avait résumé ce lundi matin Laurent Berger. «Bien sûr il en sera autrement si jamais la justice devait déclarer qu'il y avait une culpabilité quelconque», a-t-il ajouté.

Chez les syndicalistes, certains imaginent déjà un scénario de sortie de Stéphane Richard «à la Lombard», avec une passation de pouvoir graduée sur plus d’une année.