Arbitrage Tapie: L’exécutif peut-il obtenir la tête de Stéphane Richard?

ECONOMIE Le conseil d’administration va se réunir dans les prochains jours...

Mathieu Bruckmüller

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Conférence de presse de François Hollande le 16 mai 2013.
Conférence de presse de François Hollande le 16 mai 2013. — PATRICK KOVARIK/AFP

Le patron d’Orange est plus que jamais sur un siège éjectable. A la précarité inhérente liée à toute fonction dirigeante d’un grand groupe coté, s’ajoute pour Stéphane Richard sa mise en examen, mercredi, pour escroquerie en bande organisée dans l’affaire Tapie-Crédit lyonnais après 48 heures de garde à vue.

Le double discours de l’exécutif

Si Arnaud Montebourg avait anticipé une éventuelle mise en examen et estimé que, dans ce cas, Stéphane Richard devrait partir, une sortie qui a obligé François Hollande à recadrer son ministre, estimant qu’il ne fallait pas déstabiliser le groupe selon Le Parisien, Fleur Pellerin, ministre de l’Economie numérique, a estimé ce jeudi sur RTL que «la question» du maintien de Stéphane Richard «est posée».

 Après avoir donc défendu Stéphane Richard, l’exécutif semble donc s’interroger désormais sur l’opportunité de le remplacer. Et le suspense devrait être de courte durée puisque selon Fleur Pellerin, le conseil d'administration d’Orange «se réunira dans les jours prochains», «en début de semaine prochaine» plus précisément.
Fleur Pellerin : "Un système mis en place par... par rtl-fr

«Stéphane Richard est aux manettes du groupe»

Interrogée par 20 Minutes ce midi, la direction de la communication refuse de confirmer la date du prochain conseil d’administration (CA). Stéphane Richard étant à sa tête, «il y aura un CA» quand il le «décidera en fonction de la disponibilité de chacun de ses membres», précise un porte-parole, jugeant «probable qu’une telle réunion se tienne dans les jours à venir. Mais selon ce dernier, son éventuel remplacement «n’est pas plus à l’ordre du jour» aujourd’hui après sa mise en examen «qu’avant lors de sa garde à vue».

«Stéphane Richard est à son bureau depuis ce matin. Il est aux manettes du groupe», ajoute le porte-parole, qui rappelle qu’une «mise en examen n’est pas une condamnation, mais un acte de procédure et que Stéphane Richard reste présumé innocent».

Une étanchéité qui «justifie son maintien»

En théorie, rien n’oblige Stéphane Richard, dont le mandat court jusqu’en mai 2014, à quitter son poste. «Ses fonctions actuelles n’ont pas de rapport avec ses fonctions à l’époque des faits examinés [il était directeur de cabinet de Christine Lagarde, la ministre de l’Economie au moment du choix de recourir à l’arbitrage qui a octroyé 403 millions d’euros à Bernard Tapie]. Cette étanchéité justifie son maintien», estime aux Echos Marie-Anne Frisson-Roche, professeur de droit économique à Sciences-Po. En tout état de cause, l’Etat seul ne peut pas démettre Stéphane Richard puisqu’il n’est propriétaire que de 27% du capital de l’entreprise.

Tractations intenses

Sur les 15 membres du conseil d’administration, il n’a que trois représentants. Autour de la même table se trouvent, en plus, un administrateur qui représente le personnel actionnaire, trois personnes élues par le personnel, mais aussi Bernard Dufau (ancien de chez IBM), José-Luis Duran (patron de Devanlay, c'est-à-dire de Lacoste), Charles-Henri Filippi (président de Citigroup France), Claudie Haigneré (ancienne ministre sous Jean-Pierre Raffarin et en charge désormais notamment du Palais de la Découverte), Helle Kristoffersen (directrice de la stratégie de Total), Muriel Pénicaud (DRH de Danone), Jean-Michel Severino (un investisseur) et Stéphane Richard, qui préside le Conseil.

Un homme ayant une voix au conseil, l’Etat devra rallier une majorité des administrateurs pour obtenir la tête de Stéphane Richard. Les tractations risquent d’être intenses dans les jours à venir.