Gaz de schiste: Le gouvernement va-t-il résister à la pression?

Céline Boff

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Un puits d'exploration de gaz de schiste près du village de Grzebowilk, en Pologne, le 27 avril 2011.
Un puits d'exploration de gaz de schiste près du village de Grzebowilk, en Pologne, le 27 avril 2011. — AFP PHOTO / JANEK SKARZYNSKI

La pression s’accroît. Deux parlementaires, le député PS Christian Bataille et le sénateur UMP Jean-Claude Lenoir, ont présenté ce jeudi un rapport défendant l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste.

Ils avaient été missionnés en début d’année par l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), organisme qui rassemble des élus de tout bord, pour étudier les techniques alternatives à celle de la fracturation hydraulique, jugée très polluante et donc interdite en France depuis 2011.

Mais au final, les deux rapporteurs ne recommandent pas d’autre technique. Car, d’après eux, la fracturation hydraulique serait «la plus performante et la plus facile à utiliser, et celle qui est utilisée aujourd’hui n’a rien à voir avec celle qui a été utilisée auparavant», affirment-ils.

«Faire bénéficier les collectivités locales et les propriétaires de retombées financières»

Au-delà de cet avis, les deux parlementaires ne dissimulent pas leur objectif: revenir sur la loi de 2011. «Elle a été votée avant l’échéance électorale de 2012 pour que l’on ne parle pas de ce sujet», estime Jean-Claude Lenoir. Pour les deux élus, il serait temps d’assouplir cette loi pour permettre de «forer quelques dizaines de puits d’exploration».

Les deux parlementaires recommandent par ailleurs l’exploitation immédiate des gaz de houille en Lorraine et dans le Nord-Pas-de-Calais, «parce que celle-ci ne nécessite pas l’emploi de la technique de fracturation hydraulique». Enfin, ils proposent de «faire bénéficier les collectivités locales et les propriétaires qui pourraient être impactés (par la présence de puits, ndlr) de retombées financières».

Cette technique a déjà été utilisée par les pétroliers américains, mais d’après l’économiste Thomas Porcher, elle ne fonctionne plus aujourd’hui «parce que la présence d’un puits fait perdre 24% de sa valeur à un terrain». Ce rapport sera remis dans sa version définitive en octobre, mais les deux parlementaires ont tenu à présenter cette version d’étape dès à présent afin de «participer au débat sur la transition énergétique qui est en cours. En octobre, nous serions arrivés trop tard», a expliqué Jean-Claude Lenoir.

«Pour créer 100.000 emplois en France en 2020, il faudrait creuser plus de 83.000 puits»

Ils ne sont pas les seuls à vouloir mettre la pression au gouvernement. La semaine dernière, le patronat et des syndicats de salariés (CFDT, CFE-CGC et CFTC) avaient eux aussi appelé de leurs vœux l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste.

Si les syndicats les défendent, c’est dans l’espoir que de nouveaux emplois soient créés en France, rappelant le chiffre souvent évoqué de 100.000 à horizon 2020. Ce dont doutent les experts interrogés par 20 Minutes. «Pour créer 100.000 emplois en France en 2020, il faudrait creuser plus de 83.000 puits, soit plus d’une trentaine par jour. Est-ce que notre territoire le supporterait?», interroge Thomas Porcher. «2020, c’est presque «demain» et exploiter des gaz de schiste nécessite la construction de toute une chaîne logistique dont la réalisation ne s’effectuera pas du jour au lendemain», complète l’économiste Patrice Geoffron.

Les écologistes ont pour leur part immédiatement réagi, à l’image de Denis Baupin, vice-président de l’Assemblée nationale: «Pour respecter les deux degrés de réchauffement climatique, il ne faut pas utiliser plus de 20% des réserves déjà connues de pétrole, gaz et charbon. A quoi bon, donc, aller en chercher de nouvelles, si ce n’est aux dépens de notre climat futur?».

Le gouvernement résistera-t-il à la pression des pro-gaz de schiste? En novembre 2012, François Hollande avait déclaré: «Tant qu'il n'y a pas de nouvelle technique, j'ai dit que durant mon quinquennat, il n'y aurait pas d'autorisation de permis d'exploration des gaz de schiste».