Espagne: un banquier en prison, symbole du désastre des caisses d'épargne

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L'incarcération mercredi de l'ex-président de Caja Madrid, Miguel Blesa, décidée par un juge contre l'avis du parquet, illustre la polémique sur les excès des caisses d'épargne qui ont précipité la crise en Espagne.
L'incarcération mercredi de l'ex-président de Caja Madrid, Miguel Blesa, décidée par un juge contre l'avis du parquet, illustre la polémique sur les excès des caisses d'épargne qui ont précipité la crise en Espagne. — Pedro Armestre AFP

L'incarcération mercredi de l'ex-président de Caja Madrid, Miguel Blesa, décidée par un juge contre l'avis du parquet, illustre la polémique sur les excès des caisses d'épargne qui ont précipité la crise en Espagne.

Le juge d'instruction, Elpidio José Silva, soupçonne des malversations dans la gestion de Caja Madrid, une caisse d'épargne dont la fusion avec six autres a donné naissance en 2010 au géant Bankia, sauvé de la faillite en 2012 par une aide européenne au secteur bancaire espagnol de 41,3 milliards d'euros.

Le magistrat avait déjà placé Miguel Blesa, PDG de Caja Madrid de 1996 à 2009, en détention provisoire le 16 mai, mais le banquier était sorti en moins de 24 heures en versant une caution de 2,5 millions d'euros.

Cette fois, le juge l'a renvoyé derrière les barreaux sans caution, en s'appuyant sur des courriers électroniques qui alimentent, selon lui, l'existence «d'indices rationnels de responsabilité criminelle».

Le cas de Miguel Blesa, proche du Parti populaire, le parti de droite du chef du gouvernement, Mariano Rajoy, est hautement symbolique car il est le premier banquier emprisonné après la débâcle financière née en Espagne de l'explosion de la bulle immobilière en 2008.

«Mais il pourrait ne pas être le seul», relevait jeudi le journal de centre-gauche El Pais, rappelant que près d'une centaine d'autres ex-responsables sont poursuivis en justice, dont 37 de Bankia.

Parmi eux, l'ex-vice président du gouvernement PP et ex-PDG de Bankia, Rodrigo Rato, emblématique de la gestion des caisses d'épargne, des entités publiques dont les conseils d'administration étaient répartis entre membres des partis politiques et des syndicats.

Cinq ex-hauts responsables de la Cam, une autre caisse d'épargne renflouée avec 2,8 milliards d'euros de fonds publics, sont soupçonnés par la justice d'escroquerie et d'abus de biens sociaux pour avoir notamment octroyé des crédits douteux et des conditions de départ mirifiques à certains.

Vindicte populaire

Les mêmes soupçons pèsent sur d'anciens dirigeants de NovaCaixaGalicia, également sauvée par l'argent public, qui auraient tenté d'empocher des indemnités de plusieurs millions d'euros.

Toutes ces caisses ont soulevé la vindicte populaire, d'autant que des dizaines de milliers de petits épargnants, dont de nombreux retraités, ont perdu leurs économies dans le fiasco des «participations préférentielles», produits à hauts risques vendus à tour de bras par ces établissements en mal de liquidités en 2008, et dont la valeur s'est effondrée avec la crise.

Bankia, et plus particulièrement Caja Madrid, «fut le point zéro du désastre et Blesa est désormais la quintessence et le symbole d'une époque condamnée. L'accusé parfait», écrit le journal de droite ABC dans une tribune.

«Dans des moments comme celui-ci, un banquier en prison joue le rôle d'une catharsis sociale», ajoute son auteur.

Car selon lui, «Miguel Blesa semble être le portrait robot de ces ploutocrates parvenus qui firent fortune en profitant des opportunités combinées de l'argent et de la politique, protégés par des réseaux d'influence».

Mais si elles satisfont les victimes de la crise, les méthodes du juge n'ont pas plu du tout au parquet, qui vient de faire appel de la décision, selon la presse.

Le parquet étudie aussi «très sérieusement» des poursuites contre le juge Silva pour «abus de pouvoir», a affirmé à El Pais le procureur du tribunal supérieur de Madrid, Manuel Moix. D'autant que le magistrat de 54 ans, connu pour être une forte tête, fait déjà l'objet de plusieurs procédures disciplinaires.

Prudent, le PP a estimé qu'il fallait laisser la justice faire son travail, disant comprendre que «beaucoup de gens soient en colère» et veuillent que «quelqu'un paie».

Ausbanc, une association d'usagers des banques, à l'origine, avec l'association d'extrême droite Manos Limpias, des poursuites contre Miguel Blesa, dénonce elle le soutien du parquet.

Mais attention, a mis en garde devant la presse le président d'Ausbanc, Luis Pineda, «à ne pas jouer avec les intérêts, droits et patrimoine des Espagnols».