Automobile: Le maintien de l'emploi à tout prix?

SOCIAL Après Renault, PSA a lancé mercredi la négociation d'un accord de compétitivité visant à réduire ses coûts pour pérenniser la production en France...

Claire Planchard

— 

Dans l'usine PSA de Poissy dans les Yvelines.
Dans l'usine PSA de Poissy dans les Yvelines. — V. WARTNER / 20 MINUTES

«Cet accord est non seulement nécessaire mais indispensable. Nous sommes au chevet d’un malade qui peut trépasser: PSA perd 7 millions d’euros par jour, il faut trouver un moyen de revenir à l’équilibre». Ce diagnostic alarmiste, que la direction de PSA ne démentirait pas, c’est le délégué syndical Christian Lafaye (FO) qui le tirait mardi à l’issue de la «très solennelle» réunion de lancement du cycle de négociation qui vise à conclure d’ici le mois d’octobre une « nouveau contrat social » au sein du groupe.

100 millions d’euros d’économies annuelles

A peine achevée le plan de suppression de 8.000 postes, l’objectif détaillé mercredi par la direction est double: «renouveler et enrichir le dialogue social»,  mais surtout identifier «les leviers qui contribueront au redressement et permettront de maintenir ses bases fortes en France».

En clair : négocier aménagements du temps de travail, gel des rémunérations et éventuelles mobilités , pour économiser «une centaine de millions d’euros par an». En échange, le groupe s’engagerait à garantir la production en France, comme le prévoit la nouvelle loi de sécurisation de l’emploi. A l’image de l’accord de compétitivité, conclu dès mars chez  son concurrent Renault.

Chez la marque au Losange, toutefois, l’annonce de la production de 82.000 Nissan Micra par an à partir 2016 au lendemain de la validation de l’accord social, n’a pas calmé la colère de la CGT, qui avait refusé de le signer. «Ce qu’on craignait se vérifie: on ne parle que de défense de l’emploi mais en réalité 8.000 emplois ne seront pas remplacés : avec la hausse des volumes de production annoncés, cela signifie une intensification du travail pour ceux qui restent alors même que l’accord prévoit des hausse du temps de travail : c’est un cocktail explosif pour la santé des salariés», prévient Fabien Gâche, le délégué CGT de Renault.

Un impact social potentiellement coûteux

«Cette nouvelle négociation nous préoccupe et tout son enjeu sera de trouver quelque chose qui soit acceptable pour les salariés: mais avant tout c’est la situation de PSA qui nous préoccupe. L’urgence, c’est qu’on en finisse avec les fermetures de sites, car il en va de la santé de toute la filière automobile, fournisseurs et sous-traitants compris », souligne Jean-Yves Sabot, secrétaire fédéral en charge de l’automobile à Force Ouvrière. «Chez Renault, nos représentants ont estimé que les concessions en valaient la chandelle : il faut voir maintenant comment ça va être déployer», poursuit-il.

«La réduction des coûts ne doit pas conduire à mettre les gens dans des contraintes telles qu’ils ne peuvent plus tenir professionnellement. Cela peut provoquer des crises humaines, un absentéisme ou un chute de productivité bien plus coûteuses au final pour l’entreprise. Il est donc nécessaire de prévoir un soutien et accompagnement adapté», affirmeJean-Claude Delgenes, directeur général du cabinet Technologia, spécialisé en évaluation et en prévention des risques professionnels.

«Nous veillerons à ce que le remède ne soit pas pire que la maladie. Mais aujourd’hui les salariés qui travaillent à perte n’ont aucune perspective. Il faut un nouvel accord social pour redonner un avenir au groupe», espère le délégué FO de PSA.