Les syndicats tous unis pour défendre les gaz de schiste

Céline Boff

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Un puits d'exploration de gaz de schiste près du village de Grzebowilk, en Pologne, le 27 avril 2011.
Un puits d'exploration de gaz de schiste près du village de Grzebowilk, en Pologne, le 27 avril 2011. — AFP PHOTO / JANEK SKARZYNSKI

Les syndicats et le patronat ne sont pas toujours dans la confrontation. La preuve avec le rapport qu’ils ont présenté ensemble mardi pour «réinventer la croissance». Pour la relancer, ils proposent différentes pistes et défendent notamment… les gaz de schiste.

«L’enjeu central est aujourd’hui de bâtir une politique énergétique qui soit un levier à la fois de développement durable, de compétitivité et de croissance», écrivent les syndicats signataires de ce rapport, à savoir le Medef, la CGPME, l’UPA mais aussi la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC. Rappelons qu’il s’agit des organisations qui avaient signé en janvier dernier l’accord sur l’emploi, désormais transformé en loi.

82% du déficit commercial français lié à l’énergie

Ces syndicats recommandent donc de poursuivre les investissements dans le nucléaire, de développer les filières de production des énergies renouvelables et de l’hydrogène, mais aussi de se pencher sur les gaz de schiste. «Pour les organisations signataires, les réflexions en cours sur la politique énergétique ne sauraient exclure les gaz de schiste», affirment-ils.

Et pour défendre cette piste, que le gouvernement a pour l’heure rejetée, ils touchent plusieurs cordes sensibles. D’abord, ils mettent en avant les gains d’une telle exploitation en matière d’indépendance énergétique. Ils expliquent ensuite que les gaz de schiste pourraient améliorer la balance commerciale de la France, extrêmement déficitaire. Certes, l’objectif de Jean-Marc Ayrault est de ramener cette balance à zéro en 2017, hors énergie.

Mais lorsque l’on sait qu’en 2012, 82% du déficit commercial français était lié à l’énergie, soit 69 milliards d’euros, l’argument peut interpeller. Surtout, les organisations rappellent les bénéfices en termes de compétitivité et d’emplois… Autrement dit, les bêtes noires du gouvernement.  

«L’aspect emploi est absolument décisif» 

Les syndicats rappellent que, grâce aux gaz de schiste, le gaz est désormais 2,5 fois moins cher aux Etats-Unis qu’en Europe et que son exploitation pourrait créer des emplois, y compris industriels. D’après eux, elle entraînerait en aval «une stimulation et un regain d’activité de branches industrielles, à l’instar de la chimie américaine en cours de relocalisation et développement». 

C’est d’ailleurs «l’aspect emploi, absolument décisif», comme l’a rappelé Serge Bru, conseiller économique de la CFTC, lors de la présentation du rapport, qui incite les syndicats de salariés à défendre l’évaluation des ressources en gaz de schiste de la France. Les organisations suggèrent également que la France pourrait s’associer avec d’autres pays européens pour mettre au point «de nouvelles techniques d’exploitations respectueuses de l’environnement».  

La technologie dominante à l’heure actuelle, la fracturation, est jugée très polluante, notamment pour les nappes phréatiques, et c’est ce qui a conduit la France à annuler les permis d’exploration précédemment accordés. Les écologistes reprochent également à ces gaz de schiste d'être une source d'énergie non renouvelable et productrice de gaz à effet de serre.