Publicis: Les actionnaires pourront désormais se prononcer sur le salaire des dirigeants

Céline Boff

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Maurice Lévy, PDG de Publicis, au festival international de la publicité à Cannes le 22 juin 2012.
Maurice Lévy, PDG de Publicis, au festival international de la publicité à Cannes le 22 juin 2012. — Lionel Cironneau/AP/SIPA

Souhaitez-vous vous prononcer sur la rémunération des deux principaux dirigeants de Publicis? C’est la question qui a été posée ce mercredi aux actionnaires du groupe. Qui ont répondu positivement: près de 80% d’entre eux veulent donner leur avis sur le traitement de Maurice Lévy, le président du directoire, et la quasi-totalité (99,4%) souhaitent se prononcer sur celui d’Elisabeth Badinter, la présidente du conseil de surveillance.

Les actionnaires auront donc ce droit lors de leurs prochaines assemblées générales et c’est une petite révolution en France, où cette pratique dite du «say on pay», courante dans le monde anglo-saxon, n’existe pas. 

Pour l’heure, l’avis des actionnaires sera uniquement consultatif, puisqu’en droit français, seul le conseil de surveillance peut décider de la rémunération des dirigeants. De même, ils ne se prononceront pas sur les rémunérations elles-mêmes, mais sur leurs principes et leurs mécanismes. En clair, sur les règles de leur calcul.  

«Vous, vous avez agi» 

Malgré tout, les actionnaires apprécient le geste. Pendant l’assemblée générale, plusieurs d’entre eux ont pris la parole pour saluer cette initiative, comme ce petit porteur: «La plupart des dirigeants français sont dans une attitude attentiste, ils disent qu’ils attendent une loi, mais vous, vous avez agi».

«Le say on pay, c’est la meilleure réponse que nous pouvons apporter aux débats actuels sur la rémunération des dirigeants», lui répond tout sourire Maurice Lévy. «Ce n’est pas facile, nous avons été critiqués, le marché a exprimé des réserves. Il n’est pas toujours agréable d’aller dans le sens de la transparence, mais c’est mieux de le faire».

Ce même Maurice Lévy avait pourtant exprimé des réserves sur cette pratique dans une interview accordée à L’Express en février: «Depuis que cette formule est utilisée outre-manche, on a assisté à une augmentation vertigineuse des rémunérations», déclarait-il, ajoutant: «Le "say on pay" nie le mode de fonctionnement normal de l'entreprise: au conseil d'administrer, au management de gérer et aux actionnaires de sanctionner». 

Une rémunération de 4,8 millions d’euros en 2012 

Ce mercredi au contraire, il a expliqué aux actionnaires qu’il lui paraissait «évident que la parole revienne aux propriétaires de l’entreprise, c’est-à-dire aux actionnaires». La rémunération de Maurice Lévy, exclusivement fondée sur la performance et qui peut donc varier de zéro à 5 millions d’euros par an, s’est élevée à 4,8 millions d’euros pour 2012.

«Je précise que cette rémunération est inférieure à celle des patrons de nos trois principaux concurrents, alors que nos résultats sont meilleurs», a insisté Amaury de Sèze, président du comité de rémunération du groupe. L’an dernier, Publicis, qui dénombre 60.000 salariés dont 7.000 en France, a réalisé une année record avec un revenu en hausse de 13,7%, à 6,61 milliards d’euros, et des bénéfices en progression de 22,8%, à 737 millions d’euros.