Investissements étrangers: La France décroche

INDICATEUR L’Hexagone est nettement distancé par l’Allemagne et le Royaume-Uni...

Mathieu Bruckmüller
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Le ministère de l'économie à Bercy.
Le ministère de l'économie à Bercy. — JPDN/SIPA

La France décroche. Selon la 11e édition du baromètre de l’attractivité du cabinet Ernst & Young publié mercredi, alors que les implantations d’entreprises internationales en Europe ont baissé de 3% en 2012, dans l’Hexagone, elles ont diminué de 13% passant de 540 en 2011 à 471 en 2012, soit un recul de 13%.

20% d’emplois en moins

Plus grave encore, le nombre d’emplois créés par les groupes étrangers est passé de 13.164 à 10.542 chez nous, soit une chute de 20% contre une croissance de 8% sur l’ensemble du vieux continent avec un total de 170.434 postes.

Résultat, la France qui reste la troisième destination la plus attractive, est de plus en plus distancée par l’Allemagne avec 597 projets et encore plus par le Royaume-Uni (679) qui progresse respectivement de 4,5% et de 2,65%. «La France est la frontière entre la première et la deuxième division», estime Marc Lhermitte, l’auteur du rapport intitulé: «France: dernier appel.» Autre illustration: le nombre de projets en provenance des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), ces pays à forte croissance, n’est que de 14 en France contre 70 outre-Rhin et 63 outre-manche.

Des germes plantés depuis des années

Même si le climat s’est alourdi pour les investisseurs à la suite de l’arrivée de François Hollande entre les tours de vis fiscaux et les sorties de l’exécutif contre PSA après l’annonce de son plan social, «les germes du décrochage» étaient plantés «depuis des années», explique l’expert. Mais en raison du décalage entre la prise de décision des dirigeants étrangers de s’implanter à l’étranger et leur application, il craint que la France n’ait pas encore atteint le «fond de la piscine».

La chute du nombre de projets devrait ainsi se poursuivre en 2013 et au moins sur la première moitié de 2014. Pour que la France devienne un leader de l’attractivité au niveau mondial, sans surprise, les 212 décideurs internationaux interrogés par Ernst & Young, estiment qu’avant tout le pays devrait alléger le coût du travail, la fiscalité des entreprises et assouplir l’environnement administratif et juridique. Avec son pacte de compétitivité qui prévoit une baisse des charges jusqu’à 6% la France va dans le bons sens. «C’est un pas en avant, mais il en faudrait 10 de plus», estime Marc Lhermitte.

Bercy vise 40% d’investissements en plus

Cependant à rebours du «Frensh bashing» ambiant, l’étude révèle «un contraste saisissant entre les entreprises implantées sur notre sol, particulièrement insatisfaites et le point de vue externe des futurs clients de la France, qui de loin, nous prêtent des qualités en lesquelles nous ne croyons pas suffisamment: stabilité, créativité, capacité à entreprendre…dans l’adversité». Ces derniers sont 75% à se dire confiants dans la capacité de la France à surmonter la crise actuelle contre 59% pour les premières.

Actuellement, plus de 20.000 entreprises à capitaux étrangers emploient en France près de deux millions de salariés. Pierre Moscovici, le ministre de l’Economie souhaite 40% d’investissements étrangers en plus d’ici la fin du quinquennat.