Pourquoi la France paye (vraiment) mal ses enseignants

SOCIAL Leur rémunération est plus faible que les autres cadres de la fonction publique, mais également plus basse en moyenne que dans les autres pays de l’OCDE...

Mathieu Bruckmüller

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Manifestation nationale d'enseignants et du personnel des CLAE contre la réforme Peillon à Toulouse, le 12 février 2013.
Manifestation nationale d'enseignants et du personnel des CLAE contre la réforme Peillon à Toulouse, le 12 février 2013. — FRED SCHEIBER/20 MINUTES

Les enseignants ont trouvé un soutien de poids. Dans un rapport qui critique leur gestion, la Cour des comptes souligne que leur rémunération nette annuelle est inférieure de 35% à celle d'un cadre non enseignant de la fonction publique soit 30.129 euros en moyenne contre 46.345 euros.

Les primes font la différence

Un  décalage qui s’explique moins par la rémunération indiciaire de base qu’aux primes et indemnités servies en complément: les indemnités des enseignants ne représentent que 11,5% de la rémunération de base alors que celles des cadres non-enseignants s’élèvent à 54,4%, et à 25,4% pour l’ensemble des agents de la fonction publique d’État.

La Cour des comptes en profite cependant pour tordre le cou à une rumeur entretenue au sein du corps professoral laissant penser que les enseignants percevraient une rémunération annuelle équivalente à dix mois seulement de traitement d’un fonctionnaire de grade équivalent pour tenir compte des vacances plus importantes dont ils bénéficient. «Cette affirmation est sans fondement… La différence de rémunération tient principalement à la faiblesse du régime indemnitaire», tranche-t-elle.

Alors que «le ministère de l’Education nationale a pour ressource principale des enseignants, personnels hautement qualifiés et désormais recrutés à bac + 5… les rémunérations sont maintenues à un faible niveau», tranchent les magistrats de la rue Cambon.

Une analyse renforcée par la dernière publication annuelle de l’OCDE selon laquelle les enseignants français du premier et du second degrés gagnent, après correction des différences de niveaux de vie entre pays, entre 15 et 20% de moins que leurs homologues. Ainsi dans le secondaire après quinze années d’exercice, un professeur dans l’Hexagone touchera 32.000 euros contre 39.000 euros en moyenne dans les pays de l’OCDE. Et si on rapporte cette rémunération au temps de travail.

Un salaire horaire bien plus faible qu’ailleurs

«Le salaire par heure d’enseignement serait de 26,7% inférieur dans le primaire en France par rapport aux autres pays membres de l’OCDE, et de 29,7% inférieur par rapport à la moyenne européenne. Dans le premier cycle du secondaire et au collège, il serait inférieur de 4,3% et de 9,9% respectivement», souligne le rapport de la Cour des comptes.

Autres observations: si, en moyenne dans l’OCDE, les enseignants gagnent jusqu’à 90% du salaire des autres diplômés du secteur tertiaire, ce rapport est de 10 points plus défavorable en France. De plus, depuis 2000, les enseignants français ont connu une perte de pouvoir d’achat de 7 à 8,3% alors qu’il est en hausse en moyenne dans les autres pays de l’OCDE.

Le ministère de l’Education nationale reconnaît qu’il faut «clarifier les modes de rémunérations des enseignants» sans plus de détails, mais rappelle souffrir «d’un manque de moyens budgétaires».