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SOCIALPourquoi le chômage ne baissera pas en 2013

Pourquoi le chômage ne baissera pas en 2013

SOCIALL’exécutif a épuisé toutes ses marges de manœuvre...
Agence Pôle emploi à Marseille.
Agence Pôle emploi à Marseille. - P. Magnien/20Minutes
Mathieu Bruckmüller

Mathieu Bruckmüller

Malgré l’objectif maintes fois répété par le chef de l’Etat d’inverser la courbe du chômage d’ici la fin de l’année, voici une nouvelle statistique qui le rend encore un peu plus illusoire. Au premier trimestre, 20.300 postes salariés ont été détruits, a annoncé vendredi matin l'Insee, portant le total à 133.800 depuis un an.

Le chômage, une lame de fond

Rien ne semble en mesure de stopper cette lame de fond d’autant qu’avec six mois de recul du PIB, la France est officiellement entrée en récession depuis jeudi. François Hollande a jugé «probable» que la croissance de la France sera «nulle» en 2013. Or elle doit atteindre 1,2% pour stabiliser le chômage et 1,7% pour le faire baisser.

Résultat: «L’ajustement sur l’emploi va donc continuer», explique Philippe Waechter, économiste chez Natixis Asset Management. «Le niveau actuel de l’emploi équivaut à celui qui prévalait au quatrième trimestre 2005. Autrement dit, bien plus grave que la récession, la France est entrée dans une crise sociale historique qui se rapproche dangereusement d’une situation de dépression», s’inquiète pour sa part l’économiste Marc Touati.

En théorie, l’exécutif a plusieurs cordes à son arc «pour limiter la casse», comme le résume l’économiste Matthieu Plane. Le premier est le traitement social du chômage, c'est-à-dire le recours aux contrats aidés financés au trois-quarts a minima par l’Etat, comme les contrats d'accompagnement dans l'emploi dans le public ou les contrats initiative emploi dans le privé. 390.000 ont été budgétés pour 2013.

Des contrats aidés à l’efficacité limitée

S’ils permettent de faire sortir leurs titulaires des chiffres de Pôle emploi, leur efficacité est réduite, surtout dans la sphère publique afin de retrouver un travail par la suite, selon une étude récente du ministère du Travail. Mais surtout, ils coûtent cher. Plus de 2,1 milliards d’euros prévus cette année, si on additionne les 100.000 contrats d’avenir annoncés par le gouvernement. Problème, à l’heure où la France doit revenir d’ici 2015 sous la barre des 3% de déficit, difficile de créer plus d’emplois aidés.

La seconde rustine que les entreprises vont certainement utiliser pour limiter les suppressions de postes est la possibilité prévue par la dernière réforme du marché du travail de signer un accord de maintien dans l’emploi. C'est-à-dire baisser le temps de travail et les salaires pendant deux ans au maximum. Mais la mesure ne va pas créer d’emplois.

Une baisse illusoire du coût du travail

Troisième levier: la baisse du coût du travail. Il va déjà diminuer de 3% via le plan de compétitivité présenté en novembre, qui prévoit une baisse de charges de 6% d’ici 2015, soit 20 milliards d’euros d’allégements, financés au tiers par une hausse de la TVA en janvier prochain. Dans un entretien accordé à 20 Minutes, le patron de Virgin Mobile et candidat à la tête du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, veut aller plus loin «en transférant les charges familiales sur la CSG et la TVA». «En France, à cause des fortes contributions à la charge des employeurs, l’écart entre salaire brut et salaire net est énorme, l’un des plus élevés de l’OCDE. L’offre et la demande de travail en sont pénalisées. Avec une autre fiscalité, nul doute que le chômage serait plus faible», explique Bruno Cavalier, économiste chez Oddo Securities.

Malgré tout, il paraît difficile à court terme que le gouvernement accède à cette demande récurrente du patronat au moment où l’Insee révèle que le pouvoir d’achat a baissé de 0,9% en 2012, du jamais vu de 1984. Conséquence directe: les dépenses de consommation se sont affaissées de 0,5 % l’an dernier, une première depuis 1993, et encore de 0,1% entre janvier et mars 2013. Pas question donc de transférer une baisse supplémentaire des charges sur les ménages. Impossible non plus qu’elle soit financée par l’Etat alors que les caisses sont vides.

Réforme de la formation professionnelle

«Aujourd’hui, sans croissance, faire baisser le chômage est donc mission impossible», analyse Matthieu Plane. Jacques Attali, dans un entretien aux Echos, place de gros espoirs dans la réforme de la formation professionnelle, un maquis de 55.000 organismes gérant 32 milliards d’euros par an, mais elle ne sera pas mise en place avant la fin de l’année. «Cette réforme permettrait de créer 500.000 emplois en un an, à budget quasi-constant. C’est une révolution fondamentale à faire d’urgence», assène l’ancien conseiller de François Mitterrand.

Autre piste, mais qui elle aussi n’aura pas d’effet concret en 2013: la politique européenne. Paris et Berlin réfléchiraient à un plan commun pour allouer des crédits, jusqu’à 60 milliards d’euros, aux entreprises de l’Union qui recrutent. Par ailleurs, le budget européen pour la période 2014-2020 prévoit six milliards d’euros pour lutter contre le chômage des jeunes, qui dépasse la barre des 50% en Grèce ou en Espagne. Un problème brûlant qui sera au cœur du prochain conseil des chefs d’Etat et de gouvernement qui se tiendra à Bruxelles en juin.