Le «Forex» dans le collimateur de l'Autorité des marchés financiers

INVESTISSEMENT Le rapport 2012 du Médiateur présenté ce jeudi alerte sur l'envolée des litiges impliquant des sociétés spécialisées dans ce marché des changes à très hauts risques...

Claire Planchard

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Le groupe EDF a demandé au gendarme de la Bourse AMF d'ouvrir une enquête sur la forte baisse de son titre vendredi après-midi, après un article de presse évoquant un accord pré-electoral entre socialistes et écologistes pour fermer des centrales nucléaires.
Le groupe EDF a demandé au gendarme de la Bourse AMF d'ouvrir une enquête sur la forte baisse de son titre vendredi après-midi, après un article de presse évoquant un accord pré-electoral entre socialistes et écologistes pour fermer des centrales nucléaires. — Eric Piermont afp.com

«Devenez trader en 30 minutes et arrêtez de travailler» ; «Placez 100 euros et levez jusqu’à 4.000 euros grâce au Forex». Ce type de promesses s’affiche depuis plusieurs années à grand renfort de bannières publicitaires sur le web, au point d’avoir déjà attiré les foudres du gendarme de la publicité, l’ARPP. Ce jeudi, c’est l’Autorité des marchés financiers qui sonne à nouveau l’alerte: en 2012, le nombre de dossiers adressé au médiateur impliquant le Forex à explosé de 25%.

Hameçonnage et siphonage

«Depuis l’adoption de la directive Marchés d'Instruments Financiers (MIF) en 2004, le ticket d’entrée d’un million d’euros pour spéculer sur ce marché de niche a disparu, les plateformes d’investissement sur le Forex se sont multipliées, le plus souvent sans agrément ou avec une domiciliation à Chypre ou dans les Iles vierges. Dans ce cas c’est ‘welcome to the jungle’, la perte ne peut jamais être récupérée», expliquait jeudi Marielle Cohen-Branche, le médiateur de l’AMF. Sur les 60 dossiers liés au Forex reçus en 2012, 35 échappait ainsi aux compétences de l’AMF.

Et à la faveur de l’étude des dossiers, c’est un infernal système «d’hameçonnage » des investisseurs particuliers de «siphonage» de leurs avoirs  qui a été mis à jour: une formation express, suivi d’un test sur une plateforme virtuelle où le gain est au rendez-vous, avant le grand saut en haute mer où les pertes sont aussitôt colossales en raison de ce même «effet levier» qui promettait des gains records, et une incitation permanente à investir toujours plus et à lever tous les garde-fous. «Quand il ne s’agit pas d’une escroquerie pure est simple où l’argent est parti avant même qu’on ait commencé à spéculer», souligne Natalie Lemaire. directrice en charge des relations avec les épargnants à l'AMF.

Détresse sociale et financière

Le plus grave, c’est que ces plateformes d’investissement s’attaquent à des proies faciles et novices. «Spéculer sur les changes pour se donner des frissons n’a rien de moralement répréhensible quand on est un investisseurs averti», souligne Nathalie Lemaire «Mais ces publicités agressives, qui représentaient encore cet été 70% des annonces pour des placement financiers, ciblent des publics fragiles sur des sites de sport ou à la télévision» dénonce-t-elle. Soit très loin des entreprises soucieuses de couvrir leur risque de change auxquelles ce marché était initialement destiné.

Personnes en fin de droit ou handicapés et plus généralement public «en grande détresse sociale et financière» figurent ainsi parmi les premières victimes flouées, selon le rapport du médiateur de l’AMF. Son conseil est donc de s’abstenir. Et si l’aventure du Forex vous tente malgré le risque, «vérifiez l’agrément, et à qui vous parlez et confiez votre argent», conclu Nathalie Lemaire.

AMF : Rapport annuel 2012 du Médiateur de l’Autorité des marchés financiers publié par Fil_Economie

15% de dossiers en plus

Tout épargnant ou investisseur peut saisir le médiateur de l’AMF directement sur son site Internet pour tout différend avec un opérateur financier ou prestataires de services d’investissement qui n’a pu être résolu après une première réclamation. En 2012, la médiation a reçu 747 demandes dont 597 relevant de son champ de compétence, soit 15% de plus qu’en 2011. Outre un litige de masse (143 investisseurs se plaignant d’un défaut d’information de la part de 20 établissements financiers lors de l’acquisition de titres s) et les dossiers liées au Forex, la commercialisation de produits financiers inadaptés à la situation ou aux objectifs des clients a continué de faire l’objet de nombreuses réclamations, tout comme la gestion sous mandat ou la mauvaise ou non-exécution d’ordres de bourse.