Geoffroy Roux de Bézieux: «La situation est tellement catastrophique qu'on ne peut que négocier»

INTERVIEW L' autre grand favori de la course à la présidence du Medef précise son projet...

Propos recueillis par Claire Planchard
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Geoffroy Roux de Bézieux, candidat à la présidence du Medef.
Geoffroy Roux de Bézieux, candidat à la présidence du Medef. — WITT/SIPA

La campagne à la succession de Laurence Parisot à la tête du Medef bat son plein. A moins de deux mois du scrutin fixé le 3 juillet, les cinq candidats officiels à la présidence battent le rappel de leurs soutiens. Parmi eux, deux font d’ores et déjà figure de favoris: Pierre Gattaz, le patron du Groupe des fédérations industrielles (GFI); et Geoffroy Roux de Bézieux. Le fondateur de Virgin Mobile ou Phone House et ex-président de l’Unedic qui a officiellement détaillé mercredi matin ses «90 propositions d’action pour les entrepreneurs de France», explique sa stratégie et son projet à 20 Minutes.

On vous présente comme «l’homme des services» face à votre concurrent Pierre Gattaz «homme de l’industrie». Est-ce un atout pour gagner?

La campagne est longue, il y a 561 électeurs à convaincre: ça se fait électeur par électeur, fédération par fédération, territoire par territoire. J’ai des soutiens, plus de 300 chefs d'entreprise, dans tous les secteurs, notamment dans l’industrie. Si cette notion existe bien et a marqué l’histoire du Medef, je pense que face à la crise extrêmement violente que nous vivons tous et face à un gouvernement qui ne prend ni la mesure de cette crise ni les mesures qui s’imposent, ce n’est pas le sujet numéro 1. Le coût du travail est un sujet qui concerne autant l’industrie que les services: un groupe comme PSA est en concurrence avec ses voisins d’Europe de l’Est ou d’Asie, mais Cap Gemini l’est avec les informaticiens indiens.

De quel président le Medef a-t-il besoin?

Il y a trois dimensions dans cette élection: la dimension d’incarnation, compte tenu du rôle médiatique de la fonction, une dimension stratégique d’alliance et de soutien, mais surtout une dimension programmatique, avec des propositions concrètes et opérationnelles. On présente souvent l’enjeu de ce scrutin comme l’affrontement entre un Medef de combat et un Medef de dialogue. C’est mal posé le problème car ce doit être les deux: en fonction du moment, de l’interlocuteur, de la proposition de loi, il faut être capable soit de combattre fortement soit de négocier, car le Medef est un syndicat professionnel qui doit avant tout obtenir des résultats pour ses adhérents, les entreprises et entrepreneurs. Face à un gouvernement dont la caractéristique principale est de zigzaguer sans politique claire, le Medef ne peut avoir une position tranchée. Même chose concernant le débat sur le rapport aux syndicats. Sans naïveté, ni illusion sur leur représentativité et leur archaïsme, la situation est tellement catastrophique qu’on n’a pas d’autre choix aujourd’hui que de tenter de négocier et de signer des accords. Et le succès du bloc «réformiste» aux récentes élections syndicales est une ouverture sur ce chemin de crête étroit pour essayer de réformer le paritarisme.

Quelles sont les mesures prioritaires pour redresser l’économie?

Parmi les mesures d’urgence, il faut que le gouvernement accepte un moratoire sur toutes les hausses d’impôt sur les sociétés: on a eu notre dose de matraquage fiscal, il faut que ça s’arrête. Il faut aussi remettre en place la possibilité pour les TPE de décaler d’un trimestre le paiement de leurs charges.

Quant aux réformes, la priorité est la flexibilité du marché du travail : le projet de sécurisation de l’emploi est une bonne première étape. Mais l’Allemagne qui affiche 7% de chômage a mis trois ans à négocier sa réforme. Le changement c’est maintenant mais c’est pour longtemps, il ne faut pas se limiter à des slogans. Pour doper la compétitivité; il faut aussi poursuivre l’initiative du CICE, en transférant les charges familiales sur la CSG et la TVA. La durée du travail devrait aussi être revue : la richesse d’un pays c’est le travail qu’il produit, mesuré par le temps de travail multiplié par le nombre d’actifs. Le coût des jours fériés est estimé à 0,1 point de croissance, or cette année l’économie française est à 0,1 point près.