Baisse du taux d'intérêt: Pourquoi la décision de la BCE ne sert (presque) à rien

ECONOMIE Son principal taux directeur est au plus bas à 0,5%...

Mathieu Bruckmüller

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Le sauvetage de l'euro va impliquer partout des pertes de souveraineté nationale difficiles à gérer sur le plan politique, comme le montre le cas de la Grèce où cette situation a conduit à la convocation d'un référendum à haut risque.
Le sauvetage de l'euro va impliquer partout des pertes de souveraineté nationale difficiles à gérer sur le plan politique, comme le montre le cas de la Grèce où cette situation a conduit à la convocation d'un référendum à haut risque. — Daniel Roland afp.com

C'est fait. Une majorité d'économistes pariait sur un assouplissement de la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE). Jeudi en début d'après-midi, elle a décidé d'abaisser son principal taux directeur d'un quart de point à 0,5%.

0,01% du bilan des banques

En théorie, cette décision permettra ainsi aux banques européennes de se refinancer auprès d’elle dans de bonnes conditions, afin qu'elles disposent d'abondantes liquidités et continuent à financer les entreprises comme les ménages.  Les institutions financières qui ont emprunté 745 milliards d’euros auprès de la BCE sur deux ans d’économiser 1,8 milliards d’euros par an, soit 0.01% de leur bilan cumulé, d’après les calculs de Bruno Cavalier chez Oddo securities. «C’est une bonne nouvelle pour notre économie, un plus pour la consommation et surtout les entreprises, car ce sont les prêts courts ou révisables qui vont en bénéficier.  En ce qui concerne les prêts immobiliers, je ne pense pas que l’abaissement à 0,50 % du taux directeur de la BCE ait beaucoup d’incidence  sur les taux à long terme.qui sont déjà historiquement bas», souligne Philippe Taboret, chez le courtier Cafpi.

Pourtant, selon Bruno Cavalier, «personne ne croit que la baisse des taux de la BCE est de nature à relancer le crédit. Les banques sont bridées par l’aversion au risque (la récession implique une dégradation de la qualité du crédit) et par des contraintes réglementaires.»

Défaut de transmission

En résumé, la BCE fait face à un défaut de transmission de sa politique monétaire. Ces décisions n’irriguent pas les canaux économiques. «La politique présente de la BCE ne soutient pas l'économie de la zone euro», tranche Patrick Arthus chez Natixis. «Prises en tenaille par une réglementation de plus en restrictive en matière de prise de risque (Bâle III), les banques continueront de privilégier le financement des Etats, en délaissant le secteur privé. C’est ce que l’on appelle «l’effet d’éviction», qui alimentera la faiblesse de l’activité économique globale», ajoute l'économiste Marc Touati. A ses yeux, la décision de la BCE est insuffisante. En effet, aux Etats-Unis, les taux d'intérêt de la Réserve fédérale (Fed) sont de 0,25%. Résultat, les investisseurs préfèrent acheter de l'euro plutôt que du dollar ce qui renforce la monnaie unique.

«Tant que l’euro ne passe pas sous les 1,20 dollar (le niveau idéal étant même de 1,15 dollar), la zone euro n’a quasiment aucune chance de sortir de la récession. Dès lors, après avoir déjà atteint un nouveau sommet historique à 12,1 % en mars, le taux de chômage continuera d’augmenter. Il devrait atteindre sans difficulté les 13 % d’ici la fin 2013. Dans ce cadre, les déficits publics vont rester élevés et la dette va continuer de flamber», avertit l'économiste. Or aujourd'hui, l'euro vaut plus de 1,3 dollar.

Au-delà d'une nouvelle baisse des taux, Patrick Arthus estime que la BCE, comme la Fed, doit passer à une politique d'achats massifs d'actifs comme des dettes publiques des pays ou d'actifs risqués détenus par les banques tels que des produits basés sur des crédits PME et des crédits immobiliers.