Fleur Pellerin: «Que les Français cessent de s’auto-dénigrer»

INTERVIEW La ministre en charge des PME exhorte à changer de mentalité dans l’Hexagone pour développer la culture entrepreneuriale...

Propos recueillis par Mathieu Bruckmüller

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Fleur Pellerin, ministre des PME dans son bureau de Bercy le 29 avril 2013
Fleur Pellerin, ministre des PME dans son bureau de Bercy le 29 avril 2013 — V.Wartner/20 Minutes

Alors que le président de la République a clôturé lundi les Assises de l’entreprenariat, Fleur Pellerin, ministre en charge notamment des PME et de l’innovation, dévoile le plan de l’exécutif pour faire de la France un pays où il fait bon investir. Elle en profite pour justifier la politique du gouvernement.

Le président de la République vient d’annoncer un train de mesures à l’issue de ces Assises de l’entreprenariat. Quel est l’objectif?

En trois mois, 350 personnes (entrepreneurs, élus, 20 ministères, organisations syndicales et professionnelles) ont examiné les freins qui empêchent les entreprises de se développer. Quarante-quatre propositions ont été remises au gouvernement. A travers ce processus exceptionnel, l'objectif était d'abord de renouer un dialogue franc et constructif avec le monde de l'entreprise. Mais au-delà, il s'agit surtout de créer les conditions pour que les entreprises puissent investir, restaurer leurs marges, créer des emplois et faire revenir la croissance.

Quel sera le coût de ces annonces?

Les mesures relatives à la fiscalité et au financement auront certes un coût. Mais il s'agit aussi d'un investissement, car récompenser ainsi la prise de risque et aider les entreprises à croître permettra demain de créer de l’emploi, et donc de faire rentrer des impôts. Autrement dit, investir sur l'entrepreneuriat, c'est rentable!

Vous soldez donc la polémique des pigeons?

Ces annonces sont une réponse au manque de compétitivité de la création d'entreprises dans notre pays. Nous sommes dans un système ouvert, où l’attractivité d’un pays se mesure aussi à sa capacité à accueillir les investisseurs étrangers. Nous créons ainsi l'équivalent d'un «visa entrepreneur» pour les talents étrangers. Aux Etats-Unis, plus de 50% des entreprises de la Silicon Valley ont été créées par un migrant et notamment par des Français. Nous voulons nous aussi attirer les innovateurs du monde entier, et pourquoi pas faire revenir les Français! Nous les accueillons à bras ouverts!

Ce discours ne passe-t-il pas par un changement de mentalité en France?

Il faut d'abord que les Français cessent de s’auto-dénigrer, c’est devenu un sport national. Et le «French-bashing» par nos propres ressortissants à l’étranger ou comme parfois par l’opposition a un effet dévastateur sur l’image
du pays et sur son économie. L’auto-flagellation, çà suffit! Mais au-delà, en effet, chez nous, la culture entrepreneuriale est insuffisamment développée. Il faut accompagner les nouvelles générations à changer de mentalité et que chacun puisse se dire: «Pourquoi pas moi?». Aux Etats-Unis, les universités permettent aux entreprises de grandir, comme Facebook par exemple lors de sa création. En France, il faut non seulement aider les étudiants à monter leur projet, mais aussi remonter à la source de l'esprit d'entreprendre: je souhaite que dès le collège, les élèves soient sensibilisés à l'esprit d'initiative et à l'innovation, par exemple par des jeux de rôles, des stages, etc. Le gouvernement présentera en ce sens un plan pour l'entreprenariat d’ici l’été.

Il s’agit aussi de reconnaître en France le droit à l’échec?

C’est pour cela qu'en accord avec la Banque de France (BdF), il sera mis fin au fichage des entrepreneurs dont la société a été liquidée. Il s'agit de supprimer l'indicateur 040, qui rendait les banquiers réticents à accorder un nouveau crédit à ces entrepreneurs. Résultat: seuls 13% des entrepreneurs ayant connu une faillite recréent une entreprise alors que 70% le souhaiteraient. On doit pouvoir essuyer un premier échec sans être marqué du sceau de l’infamie! Or en France, l’échec est très inhibant. Il faut un droit au rebond.

La gauche a-t-elle changé son logiciel de pensée avec le monde de l’entreprise?

Le président de la République et le Premier ministre n’ont jamais eu un discours hostile à l’entreprenariat. Au contraire. Ce qui est réducteur et daté, c'est de penser que parce qu’on soutient les entrepreneurs on n’est pas de gauche. C'est absurde. La bataille contre le chômage ne se gagnera pas contre l'entreprise!

Vous ne craignez pas d’accroître le fossé avec le reste de la majorité?

Nous sommes là pour remporter la bataille de l’emploi. Pour cela, il faut des entreprises dynamiques qui créent de l’emploi, qui gagnent des parts de marché à l’international. La gauche l'a compris depuis longtemps. Ce n’est pas en rasant gratis, avec l’état des finances publiques laissé par la droite, que l’on va pouvoir redresser le pays. Il n’y a pas 36.000 chemins.

Faut-il rationaliser le gouvernement qui compte 38 ministres?

Ce n'est pas le nombre de ministres qui compte mais la solidarité au sein du gouvernement. Le président de la République et le Premier ministre ont fixé un cap clair. Quand on appartient à la majorité, chacun doit l'avoir à l'esprit.

A l’heure des restrictions budgétaires, où sont les économies de l’Etat?
Nous faisons un gros travail pour moderniser l'action publique. Nous menons par exemple un travail en profondeur pour réduire la complexité administrative que subissent encore trop souvent les entreprises. Les nouvelles technologies vont nous aider pour cela. Avec Arnaud Montebourg, nous voulons permettre à chaque citoyen, à chaque entreprise de faire remonter ses frustrations et ses propositions en la matière.

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