Bangladesh: un Espagnol, «chevalier blanc» du textile, recherché

© 2013 AFP

— 

Son "atelier éthique" devait rompre avec la détestable réputation du textile au Bangladesh où les griffes vendues à Paris et New York sont produites pour des salaires dérisoires, mais depuis la catastrophe de Savar, David Mayor est un homme traqué qui encourt la prison.
Son "atelier éthique" devait rompre avec la détestable réputation du textile au Bangladesh où les griffes vendues à Paris et New York sont produites pour des salaires dérisoires, mais depuis la catastrophe de Savar, David Mayor est un homme traqué qui encourt la prison. — Munir Uz Zaman AFP

Son «atelier éthique» devait rompre avec la détestable réputation du textile au Bangladesh où les griffes vendues à Paris et New York sont produites pour des salaires dérisoires, mais depuis la catastrophe de Savar, David Mayor est un homme traqué qui encourt la prison.

Ce ressortissant espagnol en fuite est le directeur général de Phantom-Tac, une société conjointe à parts égales entre Phantom Apparels (Bangladesh) et Textile Audit Company (Espagne), installée sur plus de 2.000 m2 dans l'immeuble qui s'est effondré mercredi, faisant au moins 381 morts.

M. Mayor ainsi que les propriétaires de quatre autres sociétés sont visés par une enquête préliminaire pour «homicide par négligence», un crime passible de cinq ans de prison.

L'enquête a été ouverte après que des rescapés eurent raconté que des ouvriers travaillant au sein du bâtiment s'étaient publiquement inquiétés la veille de fissures, mais leurs employeurs les ont forcés à embaucher mercredi, ignorant leurs mises en garde.

En mars 2009, l'AFP rencontrait David Mayor qui espérait alors décrocher un gros contrat avec la marque ibérique Mango. Celle-ci avait commandé des échantillons de divers produits entre janvier et mars cette année, selon des documents consultés par l'AFP.

Phantom-Tac comptait également parmi ses clients la griffe espagnole Cristian Lay, la ligne sportive allemande Medico et le danois Mascot Workwear.

En 2007, David Mayor quitte son poste d'acheteur dans le prêt-à-porter en Espagne. Il se sent impuissant face aux conditions de travail des ouvriers bangladeshi et part à Dacca avec le sentiment de pouvoir changer les choses, à son échelle.

«Depuis le début, les questions sociales me préoccupaient, c'était un questionnement personnel», expliquait-il à l'AFP dans ses ateliers qui finançaient un centre de formation où les femmes apprenaient à coudre et recevaient des leçons d'anglais et de mathématiques.

«Nous sommes une usine. Chaque centime compte. Nous ne sommes par une ONG mais nous avons aussi des préoccupations sociales», confiait-il.

M. Mayor est désormais «l'accusé numéro 4» dans l'enquête sur l'effondrement du Rana Plaza, selon Kaiser Matubbor, le policier en charge des investigations, et ses entreprises seront à jamais associées à l'accident industriel le plus meurtrier de l'histoire du Bangladesh, pays pauvre d'Asie du Sud qui a fait de la confection textile le pivot de son économie.

Quelles qu'aient été ses ambitions dans cette industrie fustigée par les ONG pour l'exploitation de populations paupérisées, dont, dans plusieurs pays d'Asie, des enfants, David Mayor avaient installé ses salariés dans un bâtiment illégalement construit dont les failles ont fini par le faire se disloquer.

Des millions de personnes, dont une forte proportion de femmes, travaillent dans l'industrie textile au Bangladesh pour 40 dollars par mois, sans aucune protection sanitaire ou contrôle des horaires et des rémunérations.

En novembre 2012, un incendie dans une usine textile fournissant notamment l'américain Walmart avait fait 111 morts à la périphérie de Dacca. Selon des ouvriers, les responsables avaient demandé aux travailleurs de rester à leur poste en affirmant qu'il ne s'agissait que d'un exercice d'alerte incendie.

Depuis l'accident de Savar, David Mayor n'a pas répondu aux courriers électroniques de l'AFP, ni aux appels téléphoniques.

L'associé de Mayor, Aminul Islam, président de Phantom-Tac, a été arrêté samedi avec deux autres propriétaires d'ateliers.