Finie la finance, cap sur la high tech pour l'Islande

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L'Islande, délaissant la finance, voit son avenir dans les technologies, à l'image d'Össur, fabricant des prothèses du coureur sud-africain Oscar Pistorius.
L'Islande, délaissant la finance, voit son avenir dans les technologies, à l'image d'Össur, fabricant des prothèses du coureur sud-africain Oscar Pistorius. — Jewel Samad AFP

L'Islande, délaissant la finance, voit son avenir dans les technologies, à l'image d'Össur, fabricant des prothèses du coureur sud-africain Oscar Pistorius. Sans les ingénieurs de cette entreprise islandaise, le célèbre champion handisport n'aurait peut-être pas atteint un tel niveau, qui lui a permis de disputer un 400 m avec les valides aux jeux Olympiques.

Ses prothèses «Cheetah» (guépard) ont été conçues à Reykjavik. «Il est très connu maintenant», reconnaît le PDG d'Össur, Jon Sigurdsson, en évoquant l'affaire du meurtre en février de Reeva Steenkamp, petite amie que Pistorius affirme avoir abattue par erreur.

Össur n'a pas rompu avec les liens avec le champion dans l'attente du procès en juin, qui a poussé le Sud-Africain à faire une pause dans sa carrière. «C'est au point mort aujourd'hui», constate le PDG. Pour la société, la vie continue. Avec des prothèses munies de chevilles et/ou de genoux bioniques de plus en plus réactifs, elle cherche à relancer une croissance de son chiffre d'affaires, qui s'est stabilisé autour de 400 millions de dollars annuels. En 1996, quand M. Sigurdsson a pris les rênes, il était «inférieur à 3 millions».

C'est le genre de croissance dont rêve Jeff Monroe, lancé dans ce qu'il pense être une mine d'or pour l'Islande: les serveurs informatiques. Cet Américain est le directeur général de Verne Global, société qui offre du stockage dans un hangar de l'ancienne base aérienne américaine de Keflavik, à une cinquantaine de kilomètres de la capitale.

«Nous sommes dans l'un des rares endroits au monde qui offre un refroidissement gratuit garanti toute l'année et où il ne gèle pas. Si pendant un seul jour vous devez refroidir les serveurs, il vous faut une climatisation, qui est une infrastructure coûteuse. Ici, non», explique-t-il.

Keflavik est en effet balayé en permanence par des vents qui pénètrent dans le hangar via des filtres. L'amplitude thermique y est l'une des plus faibles au monde car grâce au Gulf Stream, il ne fait non plus jamais trop froid.

Les serveurs informatiques sont des gloutons en électricité. Et selon Verne Global, en déplaçant des données qui étaient à Munich, le constructeur automobile BMW a réduit de 82% la consommation en énergie qu'elles demandaient.

De plus, relève-t-il, l'Islande offre «une visibilité sur 20 ans» des tarifs de l'électricité. Le pays, qui ne consomme que de l'énergie renouvelable (géothermie et hydroélectricité), a en effet une population faible qui consomme moins d'électricité que son industrie dans l'aluminium.

Autre atout: une position commode dans l'Atlantique Nord. «Nous sommes à 90 millisecondes de l'Europe continentale, et 32 millisecondes des Etats-Unis. Nos serveurs conviennent à n'importe quelle application, mis à part le trading à haute fréquence» (transactions boursières automatisées), souligne Monroe. Reykjavik espère attirer d'autres entrepreneurs comme lui.

«L'Islande a bâti une infrastructure de grande échelle qui est adaptée pour satisfaire les nouvelles exigences technologiques des entreprises», lit-on sur Made in Iceland, un site internet de promotion économique de l'ambassade d'Islande à Pékin.

Mais il y a une difficulté. Depuis que son secteur bancaire s'est effondré en 2008, l'Islande s'est dotée de contrôles de capitaux pour éviter une hémorragie financière. Et ils rebutent des investisseurs étrangers. Össur a par exemple demandé à pouvoir être coté à la Bourse de Reykjavik dans une autre monnaie que la couronne islandaise, dont les échanges sont restreints. Refusé. Il a donc migré la majeure partie de ses actions vers la Bourse de Copenhague.

Le Fonds monétaire international conseille au pays de les garder encore quelques années au moins, plutôt que de risquer une déstabilisation.