«Nous sommes au service de la population, c'est ça, être élu, c'est ça, être maire»

Céline Boff

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Serge Caillot, le maire de la commune.
Serge Caillot, le maire de la commune. — C.B.

Trop coûteux pour les uns, sacrifiés pour les autres… Les services publics sont aussi décriés que défendus. En pleine crise de la dette et des déficits, ils n’échappent pas aux coupes budgétaires. Mais à quoi ressemble le quotidien des agents? Comment travaillent-ils et avec quels moyens? 20 Minutes vous propose une série de reportages. Ce lundi, partez à la campagne, où le service est bien urbain.

Suivez notre série «Les services publics face à la crise»:
>> Lundi 22 avril: La justice au bord du naufrage
>> Lundi 29 avril: Face aux chômeurs, le Pôle emploi
>> Lundi 13 mai: De l’urgence à l’hôpital
>> Lundi 20 mai: Dans nos chères universités
>> Lundi 27 mai: Face aux précaires, la CAF

De notre envoyée spéciale à Charrin (Nièvre)

C’est un village sans commerce. Mais pas sans habitant: 637 personnes vivent ici. A Charrin, à quelques encablures de la Loire, au cœur de la verdoyante Bourgogne. La population n’a pas bougé depuis quinze ans mais toutes les commodités ont disparu. Les cafés, la boucherie, la boulangerie, la Poste, l’épicerie et même le joyau local, l’hôtel-restaurant Les Voyageurs, un établissement jadis très réputé, désormais à l’état de ruine.

Le seul endroit où les Charrinois se rencontrent encore, c’est à la mairie. Ils y croisent chaque jour Odette et Wendy, les deux employées multifonctions. Elles font tout -depuis l’accueil du public jusqu’à la rédaction des actes officiels en passant par le secrétariat- et bien plus: elles jouent aussi les bibliothécaires, les postières et même les boulangères.

«Un jour, tout a cassé»

Car la mairie a aménagé dans son hall d’accueil un point Poste, plusieurs rayons pour les livres et un dépôt de pain. «Quand la dernière épicerie a fermé ses portes, nous avons lancé ce service en attendant qu’un commerce revienne… Il fallait que les habitants gardent l’habitude de venir chercher leur pain», insiste le maire, Serge Caillot, «ça dure seulement plus longtemps que nous ne l’avions imaginé».

Ca dure depuis un an et demi. «Normalement, nous ne distribuons le pain qu’entre 9h et 10h mais bon… On en donne encore à midi», sourit Odette, 56 ans. Elle travaille à la mairie depuis 34 ans. «Nos commerces ont tenu pendant très longtemps et puis un jour, tout a cassé». La faute à quoi? «La conjoncture, la voiture, les grandes surfaces… Les gens partent chaque matin à Decize [ville située à une quinzaine de kilomètres], parce que c’est là-bas qu’il y a le travail, et ils y font leurs courses. C’est ce qui fait mourir nos villages», répond Odette.

«Je crois que la crise est plus forte en milieu urbain»

«Quand j’ai su que le dernier commerce allait baisser le rideau, j’ai fait ce que font tous les autres maires: j’ai appelé TF1, pour passer une annonce dans «SOS Villages». Ca a incroyablement bien marché: une centaine de personnes ont candidaté pour reprendre l’épicerie. Elles venaient toutes de grandes villes. Je crois que la crise est bien plus forte en milieu urbain. Nous, ça vivote, mais on a encore du boulot».

L’idée du maire, c’était de faire racheter l’épicerie par la Communauté de communes et de la proposer en location-gérance. «Il a fallu convaincre les onze autres communes, ça n’a pas été simple… Trouver 108.000 euros pour racheter et rénover le commerce non plus.» Mais ça a marché: l’épicerie devrait rouvrir ses portes cet été.

En attendant, Emilie, 27 ans, achète son pain à la mairie. «La seule chose qui me retient à Charrin, ce sont mes parents. Y’a rien dans ce village… Une nouvelle épicerie, bien sûr que c’est bien, mais avec les salaires qu’on a ici, je ne suis pas sûre d’avoir les moyens d’y faire mes courses…» Pas de doute pour Jean-Jacques, 67 ans: il continuera à s’approvisionner dans les grandes surfaces de Decize. «Quinze kilomètres, ce n’est pas très loin et le vrai problème, ce sont les médecins. Faut attendre six mois pour voir un spécialiste!».

La plus proche maternité à 40 km

Pour les futures mamans, c’est pire. La maternité de Decize a fermé ses portes en 2009. «Nous avions loué un bus pour monter à Paris et manifester, mais ça n’a rien changé», se désole le maire. «La maternité réalisait un peu moins de 300 accouchements par an. Ce n’était pas assez». La plus proche maternité est désormais à une quarantaine de kilomètres. De routes départementales.

«En matière de transports, nous sommes aussi les parents pauvres. Nous avons un superbe circuit de Formule 1 (Magny-Cours), mais pas de TGV et le tronçon d’autoroute pour aller à Roanne n’est toujours pas terminé. Il y a quarante ans, on se moquait de la Corrèze ou de la Creuse… Maintenant, on les envie», souffle Serge Caillot, avant d’ajouter: «Nous n’avons pas eu la chance d’avoir de grandes personnalités politiques. Et ici, c’est compliqué».

Le conseil municipal compte une douzaine d’élus, «mais certains, je ne les vois jamais. Je ne peux pas les forcer à venir, surtout qu’ils ne sont pas payés», poursuit le maire. Lui et ses adjoints sont les seuls indemnisés. Serge Caillot touche 840 euros par mois. Pour quatre à cinq heures de travail quotidien. Parfois plus. «Un maire, surtout en milieu rural, il est joignable tout le temps. Nous sommes au service de la population, c’est ça être élu, c’est ça être maire».