Pourquoi le chômage en France n’a pas fini de battre des records

SOCIAL Après le nombre de demandeurs d’emploi, le taux de chômage historique de 1997 est en ligne de mire...

M.B.

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Des demandeurs d'emploi patientent dans une agence de Pôle emploi.
Des demandeurs d'emploi patientent dans une agence de Pôle emploi. — Lionel Cironneau/AP/SIPA

Ce jeudi à 18h, pour le 23e mois de rang, le nombre de demandeurs d’emploi va une nouvelle fois progresser. Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole du gouvernement a déjà prévenu ce matin sur France 2 que les chiffres de mars ne devraient pas être bons.

Succession de barres symboliques

Résultat, après avoir franchi la barre symbolique des trois millions de chômeurs en catégorie A (ceux qui n’ont exercé aucune activité) en septembre dernier, le record de 1997 (3,195 millions) pourrait bien être franchi ce soir. Fin février Pôle emploi recensait déjà 3,187 millions de demandeurs d'emploi n'ayant pas travaillé au cours du mois (catégorie A) en métropole, soit seulement 8.000 de moins.

Depuis l'élection de François Hollande en mai 2012, la France compte 260.000 chômeurs de plus dans cette seule catégorie, près de 1.000 chômeurs par jour en moyenne. Et si l'on inclut les chômeurs ayant une activité réduite, le nombre des inscrits établit chaque mois un nouveau record depuis le printemps 2011. En février, leur nombre s'élevait à près de cinq millions en France (Outre-mer compris), dont deux millions de demandeurs d'emploi de longue durée (plus d'un an).

«La situation actuelle est bien plus grave»

Malgré cette avalanche de mauvais chiffres, le taux de chômage dans l’Hexagone n’est que de 10,2% (10,6% avec l’Outre-mer) contre 10,8% (11,2% avec l’Outre-mer) il y a seize ans. Depuis 1997, «il y a trois millions de personnes de plus au boulot», rappelle régulièrement le ministre du Travail, Michel Sapin. 2,7 millions pour être précis.

Pas de quoi pavoiser cependant. «La situation actuelle est bien plus grave», s’alarme l’économiste Eric Heyer. «La Grande Récession, débutée en 2008, s’est traduite par une montée continue et inexorable du chômage en France, de 3,1 points entre le point bas atteint au premier trimestre 2008 (7,1% en France métropolitaine) et le pic du quatrième trimestre 2012», ajoute son collègue Bruno Ducoudré de l’OFCE.

Difficile aujourd’hui de voir la lumière au bout du tunnel. L’OFCE s’attend à voir le taux de chômage grimper à 11,6% à la fin 2014, du jamais vu, en raison de la politique d’austérité pratiquée par la majorité. Entre temps, d'après le FMI et l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), le record du taux de chômage de 1997 sera touché en fin d'année.

L’exécutif campe sur ses positions

Envers et contre tout, François Hollande maintient son objectif d’inverser la courbe du chômage d’ici la fin de l’année, malgré une estimation de croissance quasi-nulle de 0,1% en 2013. Il mise pour cela sur une batterie de mesures: les 100.000 emplois d’avenir destinés à insérer les jeunes les plus en difficulté, les contrats de génération, la réforme du marché du travail qui sera adoptée définitivement par le Parlement en mai, et sur les 20 milliards d’euros de baisses de charges accordées aux entreprises.

En attendant, le numéro un de la CGT, Thierry Lepaon, a affirmé ce jeudi qu'il adresserait une lettre ouverte à François Hollande pour lui rappeler ses «engagements» en matière d'emploi.