Transition énergétique: Le Medef veut ouvrir le débat sur le gaz de schiste

ÉNERGIE e patronat ne voit pas d’autre solution à la sortie de crise qu’un renouveau industriel via l'exploitation du gaz de schiste dans notre sous-sol...

Bertrand de Volontat

— 

Des forages sur un gisement de gaz de schiste dans le Nord de l'Angleterre sont "très probablement" à l'origine de secousses sismiques ayant touché la région en avril et mai dernier, a estimé un rapport d'experts publié mercredi.
Des forages sur un gisement de gaz de schiste dans le Nord de l'Angleterre sont "très probablement" à l'origine de secousses sismiques ayant touché la région en avril et mai dernier, a estimé un rapport d'experts publié mercredi. — Janek Skarzynski afp.com

Ce jeudi s’ouvre le débat sur l’énergie, au cours duquel le conseil national du débat national sur la transition énergétique présentera au ministère de Delphine Batho son rapport. Comment aller vers plus de sobriété énergétique? Quelle trajectoire adopter pour atteindre le mix énergétique en 2025? Ce sont les questions posées à l’occasion de ce débat lancé dans le cadre du «facteur 4», soit la division par quatre des émissions de gaz à effet de serre en 2050 –et donc la réduction de la consommation d’énergie par deux d’ici cette date.

Ce mercredi, la patronne du Medef Laurence Parisot est entrée dans la discussion. «Nous ne pouvons pas penser cette question sans d’abord réfléchir à la situation économique française et européenne aujourd’hui, à moyen et à long terme. L’énergie ne peut être pas un débat spécialisé de quelques experts fanatiques.»

Faire de l’énergie un secteur clé de la compétitivité

Pour le Medef, l’énergie doit être  une question de compétitivité passant par l’efficacité énergétique, la complémentarité du mix énergétique (pro nucléaire et énergie renouvelable) et une réduction de la facture énergétique de nos entreprises. «Il y a de véritables potentiels d’économies, notamment dans le bâtiment et les transports», assure Jean-Pierre Clamadieu, président de Solvay et responsable au Medef.

«Nos entreprises doivent avoir les mêmes chances que celles des pays partenaires et concurrents. Face aux Allemands, il faut traiter la question de la dette et du déficit public et face aux Américains, il faut résoudre la problématique du gaz (et pétrole) de schiste. Et en France ce débat semble interdit, affirme Parisot. Les Etats-Unis sont à la veille de l’autosuffisance énergétique, l’Allemagne investit 1.000 milliards d’euros (un poids pour les ménages et une facture 46% plus chère que la nôtre, trop selon le Medef, ndlr).» La France et la Bulgarie sont en effet les deux seuls pays au monde où la loi interdit l’exploration du gaz de schiste.

Le gaz de schiste, seule solution de la transition?

Pour réindustrialiser la France, «explorons puis exploitons le gaz de schiste», assène Laurence Parisot en demandant au gouvernement une étude d’impact. Pour appuyer son argumentation, la patronne des patrons vante les effets positifs du gaz de schiste sur l’économie américaine: 900.000 emplois créés à horizon 2015, ainsi que 1.900 milliards de d’investissements et 1.000 milliards de dollars de recettes fiscales prévus d’ici 2035. Et le gaz, payé par les ménages américains, coûte trois à cinq fois moins cher qu’en France.

«S’en passer serait une erreur dramatique, assure Parisot. Il ne faut pas être dans le rejet du progrès scientifique.» Différentes études parlent de la possible création de 70.000 à 1 million d’emplois en France. «Cette ressource est épuisable et ses défenseurs veulent simplement en tirer le plus de profits maintenant», rappelle Nicolas Imbert, directeur de l’ONG Green Cross France, sur le site euractiv.fr. Delphine Batho, la ministre, a elle immédiatement réagit: «Il y a une limite au marché. Sacrifier l'eau, la terre, l'air à des profits immédiats, ce n'est pas bonne logique et ce n'est pas la bonne réponse aux difficultés économiques».

Pas de catastrophe écologique pour le Medef

La France possède tous les atouts à l’intérieur de ses frontières  avec des acteurs mondiaux comme Saint-Gobain, Suez, Veolia, Vallourec, Total et les PME. Mais il est peu probable que ces entreprises s’investissent dans un forage d’exploration sans aucune extraction à la clé. Et la France ne connaîtra pas ses capacités souterraines sans exploration. L’Ufip (Union française des industries pétrolières) estime à 5.094 milliards de m3 les réserves. Du côté des écologistes, on questionne l’expression long terme que représentent les retombées positives en 2035. Pour eux, on ne connaît même pas les conséquences sur l’environnement à horizon 2050.

Si le gaz de schiste provoque des inquiétudes, c’est notamment à cause de l’utilisation massive d’eau nécessaire à la fracturation hydraulique. Là aussi, Laurence Parisot contre-attaque: aux Etats-Unis, 20.000 puits ont été forés en 13 ans et il n’y a eu selon elle aucune catastrophe écologique.

Le Medef entend protéger le nucléaire dans un mix énergétique équilibré qui en France est composé aujourd’hui de 71% d’énergie fossile (dont pétrole et gaz), 18% de nucléaire et 11% d’énergies renouvelables. Le nucléaire est un atout, rappelle l’organisation: prix de l’électricité, emplois, balance commerciale, les voyants sont au vert. Sur les filières des énergies renouvelables, le Medef encourage leur développement tout en limitant les dérives de la création d’une bulle comme dans le photovoltaïque.