PSA: Cafouillage au sommet sur la date de fermeture de l'usine d'Aulnay, le titre flambe

AUTOMOBILE Après avoir évoqué l'idée de l'avancer à cette année, la direction maintient que la fermeture sera effectuée en 2014...

C.B. avec Delphine Bancaud et agences

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Entrée du siège de PSA Peugeot-Citroën.
Entrée du siège de PSA Peugeot-Citroën. — ANTONIOL ANTOINE/SIPA

L’usine PSA d’Aulnay fermera-t-elle ses portes en 2013 ou en 2014? Mercredi matin, le directeur financier du groupe automobile a expliqué que le site pourrait baisser le rideau dès cette année, en raison du mouvement social qui perturbe la production de la Citroën C3 sur le site depuis le début de l'année. Quelques instants plus tard, la direction de PSA venait le contredire, en réaffirmant que l’usine fermerait bien en 2014, comme annoncé à l’origine.

«Ce n'est pas tant que nous voulions fermer en avance, mais nous pourrions y être contraints par un petit nombre de personnes qui continuent de perturber notre usine», avait donc déclaré Jean-Baptiste de Chatillon, le directeur financier, au cours d'une conférence avec les analystes à l'occasion de la publication du chiffre d'affaires du groupe au premier trimestre. Aulnay, en grève, ne produit plus qu'au compte-goutte depuis trois mois. SUD vient de lever son appel à la grève mais pas la CGT.

Ce cafouillage tombe mal pour Philippe Varin, le patron du groupe

Interrogé sur la possibilité d'une fermeture dès 2013, Jean-Baptiste de Chatillon avait alors répondu: «Je ne peux pas vous dire quand cela se produira, mais ce ne serait pas un problème en termes industriels parce que nous pourrions produire les voitures à Poissy (Yvelines).» Mais quelques heures plus tard, la direction a donc démenti cette information, en indiquant que le site d’Aulnay fermerait bien ses portes en 2014.

Ce cafouillage tombe mal pour Philippe Varin, le patron du groupe, qui rencontre ce mercredi les actionnaires, pour les convaincre que sa stratégie peut sauver le constructeur, en pleine restructuration en France et après une perte historique en 2012. L’an dernier, PSA Peugeot Citroën a enregistré une perte nette de 5,01 milliards d'euros, la plus grosse de son histoire, conséquence de sa trop grande dépendance d'un marché automobile européen en berne et de sa faiblesse dans des segments porteurs comme le haut de gamme.

C’est dans ce contexte qu’il avait annoncé un plan social qui doit toucher plus de 11.200 salariés en France, dont ceux d’Aulnay (4.000 emplois). Ce plan social est contesté par la CGT et SUD, qui ont porté l’affaire en justice. Une décision est attendue ce vendredi.

De nouvelles mesures annoncées, le titre grimpe en bourse

Ce mercredi matin, PSA a également expliqué qu'il devrait prendre de nouvelles mesures. «Les mesures opérationnelles que nous sommes en train d’étudier, c’est le lancement de négociations sur la compétitivité du groupe. Nous discuterons avec les partenaires sociaux à partir du deuxième trimestre», a assuré Jean-Baptiste de Chatillon.

Cette annonce a fait grimper le titre en bourse: il a progressé de 8.02% ce mercredi matin, pour atteindre 5,88 euros. Et il se maintient à ce niveau, alors que le constructeur vient de publier un chiffre d’affaires en baisse de 6,5% à un peu plus de 13 milliards d’euros, au premier trimestre 2013.

D’après une journaliste de L’Usine Nouvelle, PSA réfléchit à de nouvelles mesures de flexibilité et précise que l'accord compétitivité-emploi représentera des économies de 100 millions par an dès 2014 et de 50 millions en 2013.

 Syndicats et politiques réagissent

Reste que les annonces contradictoires de la direction font réagir syndicats et politiques. Une journaliste de 20 Minutes a constaté la présence ce matin d’environ 200 personnes devant le siège de PSA. Elles avaient affiché une banderole proclamant: «Ce ne sont pas les salaires qui coûtent chers, ce sont les actionnaires». Des syndicalistes arboraient également des gilets jaunes avec la mention «Non à la fermeture PSA Aulnay» et d’autres portaient des tee-shirts où l’on pouvait lire: «On se battra comme des lions».

«La direction se mélange les pédales dans sa communication», a déclaré à notre journaliste Jean-Pierre Mercier, délégué CGT. Ajoutant qu’il lui est «impossible de nous licencier avant le 31 décembre 2013». D’après ce syndicaliste, la direction pourrait toutefois cesser l’activité de l’usine «et nous payer à ne rien faire».

Pour Jean-Pierre Mercier, pas question de relâcher la pression: «On fera grève tant que nous n’aurons pas obtenu ce que nous voulons: des garanties de reclassement pour tous, l’annulation des sanctions disciplinaires et des poursuites pénales, une indemnisation plus importante pour ceux qui partent.» Les salariés sont repartis à 11h10 en direction d’Aulnay, sous la surveillance des CRS mobilisés pour l’occasion.

«S’il y a accélération de la fermeture d’Aulnay, il faudra discuter de la mise en œuvre du plan social, a réagi le président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, Bruno Le Roux, sur BFMTV/RMC. Il faudra également accélérer la prise en charge individuelle des salariés».

Quant à Jean-Luc Mélenchon, le coprésident du Parti de gauche, il réagit surtout à la volonté de PSA de racheter 320 millions d’euros de ses propres actions : «En toute impunité, le patron-voyou Philippe Varin relance donc le pillage financier de cette entreprise, a-t-il déclaré. Ces propositions indécentes montrent que les difficultés financières invoquées pour fermer l’usine d’Aulnay ne valent rien. Philippe Varin a trompé les salariés de PSA et le gouvernement».