L'UFC-Que Choisir tire à boulets rouges sur les prix de l'optique

SANTE L'association de défense des consommateurs dénonce le modèle économique aberrant de la distribution de lunettes en France...

Claire Planchard

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Livraison de lunettes neuves chez un opticien à Toulouse.
Livraison de lunettes neuves chez un opticien à Toulouse. — LANCELOT FREDERIC/SIPA

Une «gabegie» liée à des «marges brutes exorbitantes» et à «l’absence de régulation». C’est le constat sévère dressé ce mardi par Alain Bazot, le président de l’UFC-Que choisir à l’occasion de la présentation d’une nouvelle enquête qui passe à la loupe l’origine du surcoût des lunettes en France.

Prix de vente 3,3 fois supérieur au prix d’achat

Avec un prix moyen de 290 euros, pour une monture équipée de des verres unifocaux et de 589 euros pour des verres progressifs, prix en charge à 94% par le patient, le budget «lunettes» des Français serait en effet 50% supérieur à la moyenne européenne.

A l’origine de cette exception française, la société pointe un réseau d’opticiens «excédentaire» et «sous-productif»: depuis 2000, le nombre de points de vente a explosé de 47% (+3.650 magasins en douze ans) alors que besoins de la population n’augmentaient que de 13%. «Or cela n’a pas dynamisé la concurrence et ni contribué à faire baisser les prix mais a joué au contraire comme un facteur d’inflation», souligne Mathieu Escot, chargé de mission santé à l’UFC-Que Choisir qui a coordonné l’enquête.

Selon ses estimations, avec seulement 2,8 paires de lunettes vendues en moyenne par jour ouvré par magasin, les Français doivent aujourd’hui supporter des coûts fixes colossaux des distributeurs (loyers, énergie, publicité, adhésion à la franchise, opérations «2e paire offerte», etc.), à travers un prix de vente 3,3 fois supérieur au prix d’achat des lunettes. Soit, 200 euros par paire de lunettes en moyenne et un surcoût annuel estimé de 510 millions d’euros pour le consommateur.

«Au final, la marge nette de l’opticien estimée à 10% n’est certes pas exorbitante, il est dément qu’on puisse faire vivre une boutique avec des volumes si faibles et que les coûts fixes soient financés par le consommateur qui lui ne peut pas faire jouer la concurrence», résume Alain Bazot.

«Généralisation réfléchie» des réseaux de soin

Face à cette situation, l’UFC-Que choisir pointe aussi la responsabilité des pouvoirs publics qui «ont renoncé à encadrer le marché depuis longtemps»: «un laxisme d’autant plus étonnant et préoccupant qu’il y a une solution à portée de vue» souligne Alain Bazot: pour lui, la proposition de loi adoptée en novembre 2012 à l’Assemblée visant la généralisation des réseaux de soins des complémentaires santé aux mutuelles serait en effet un levier efficace de baisse des prix.

«Nous demandons son inscription à l’ordre du jour du Sénat, avec deux garde-fous: l’encadrement de leur activité, pour s’assurer des effets pro-concurrentiels (avec notamment la sélection des opticiens adhérents au mérite sur des critères objectifs) et la garantie de la liberté de choix du consommateur par une simple incitation à choisir un opticien du réseau et non l’exclusivité», souligne Alain Bazot.

Selon un avis rendu le 26 février par l’autorité de la concurrence, les tarifs négociés dans le cadre de ces réseaux sont de 15 à 40% moins chers, selon l’équipement, et ramènent ainsi le budget lunettes des Français assez proche de la moyenne européenne» estime Mathieu Escot.

>> Consulter l'intégralité de l'étude de l'UFC-Que Choisir sur les surcoûts de l'optique