La politique industrielle du gouvernement mise à mal par la crise

INDUSTRIE Après Goodyear, PSA et Florange, la cessation d’activité du site Petroplus de Petit-Couronne prononcée mardi révèle une nouvelle fois les limites du volontarisme industriel du gouvernement...

Claire Planchard

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Des manifestants devant l'usine Petroplus de Petit-Couronne le 18 octobre 2012.
Des manifestants devant l'usine Petroplus de Petit-Couronne le 18 octobre 2012. — BISSON/JDD/SIPA

Lâchage, impuissance ou réalisme économique? La multiplication des fermetures de sites industriels ces derniers mois tranche avec les engagements pris par le candidat Hollande pendant la campagne présidentielle  et le volontarisme affiché par son ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg à son entrée en fonction.

Arbitrage coût/avantage

«Pour le gouvernement toute la difficulté est d’agir vite de façon très ciblée sur une entreprise en particulier, alors que son action plutôt lente et consiste avant tout à redéfinir les règles pour les entreprises en général. En clair: il s’agit de changer les règles du jeu et non pas d’aider un joueur en particulier», résume Yannick L’Horty, économiste directeur de la fédération de recherche du CNRS Travail, emploi et politiques publiques.

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Si l’Etat ne peut contraindre une entreprise privée à exister envers et contre tout, il peut toutefois infléchir la gestion de celles dont il est actionnaire. Pourquoi alors ne pas avoir retenu le levier de la «nationalisation de crise», comme cela a été évoqué un temps pour le site ArcelorMittal de Florange? Ou encore pour Petroplus, dans l’attente de trouver un repreneur solide?

«La nationalisation était une option qui a été mise sur la table, mais il y a ensuite eu un calcul coûts/avantages. Or pour que ces entreprises existent de façon pérenne, il aurait fallu que l’Etat sorte de sa poche des dizaines voire des centaines de millions d’euros dans un contexte où l’argent public fait cruellement défaut», analyse Yannick L’Horty.

Une politique industrielle sélective

Sacrifier le raffinage ou encore la sidérurgie dont l’avenir semble compromis en France pour favoriser des secteurs d’avenir, comme les PME innovantes spécialisées dans le numérique ou la transition énergétique? Tel semble être l’arbitrage retenu par le gouvernement.

«Les exemples de politiques industrielles réussies sont toujours des politiques sélectives où on a ciblé les moyens sur des secteurs stratégiques avec un potentiel important compte tenu des atouts du territoire et des avantages en termes d’emploi», souligne Yannick L’Horty. Des choix qui seront d’autant plus drastiques que les ressources sont faibles.

Reste que si le choc des fermetures d’usines n’a pu être finalement évité, «le gouvernement doit maintenant tenter de l’amortir», conclut le spécialiste. Et pour cela il dispose de nombreux instruments pour accompagner, reclasser ou favoriser la mobilité professionnelle.