Rigueur: Le plan du gouvernement tient-il la route?

Céline Boff

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Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, en compagnie de Pierre Moscovici, ministre de l'Economie.
Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, en compagnie de Pierre Moscovici, ministre de l'Economie. — SALOM-GOMIS SEBASTIEN/SIPA

Un effort supplémentaire de 20 milliards d’euros en 2014. Voilà ce que vient de décider le gouvernement. Concrètement, il prévoit d’économiser 14 milliards sur les dépenses publiques, y compris celles de la Sécurité sociale, et d’augmenter les prélèvements de six milliards d’euros, principalement en s’attaquant à des niches et en renforçant la lutte contre la fraude fiscale.

Ce plan, qui sera transmis à la fin du mois à Bruxelles, devrait permettre à la France de passer sous la barre des 3% de déficit public en 2014. A condition toutefois que la croissance atteigne 0,1% cette année et 1,2% l’an prochain, comme le prévoit le gouvernement.

Or, le Haut conseil des finances publiques a estimé mardi que ces niveaux de croissance étaient surévalués. Et l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) est lui aussi plus pessimiste: il prévoit une récession cette année (-0,2%) et une croissance de seulement 0,6% en 2014.

Vers des baisses de salaires en France?

Cette faiblesse serait d’ailleurs la conséquence directe de la politique menée par le gouvernement. Son plan de rigueur «consomme exactement le rebond spontané de l’économie. Autrement dit, sa sévérité étouffe la reprise», assure l’OFCE. Pour l’Observatoire, en cassant la croissance, le programme gouvernemental dope le chômage. D’autant plus qu’il y a aujourd’hui «450.000 salariés en trop dans les entreprises au vu de leur production actuelle», précise Eric Heyer.

L’an dernier, la France a perdu près de 100.000 emplois. Cette année, l’OFCE prévoit la destruction de 150.000 nouveaux emplois et de 110.000 autres en 2014. A cette date, le chômage devrait atteindre les 11,6%, contre 10,8% aujourd’hui.

Des interrogations demeurent aussi quant aux rémunérations des Français. Echapperont-elles à la baisse, alors que les salaires des Grecs, mais aussi des Espagnols, des Portugais, des Irlandais ou encore des Hollandais ont déjà diminué? Rappelons que l’accord sur l’emploi, actuellement examiné au Parlement, devrait permettre aux entreprises de baisser les salaires de leurs employés pendant deux ans, si elles sont confrontées à de graves difficultés conjoncturelles.

Les Pays-Bas renoncent à l’objectif des 3% de déficit public

Pour l’OFCE pourtant, une autre voie est possible. «Si le gouvernement pratique une austérité plus mesurée, par exemple des économies de 10 milliards par an [contre 20 milliards en 2014], ce qui serait conforme au minimum exigé par les traités européens, le déficit serait certes de 3,5% fin 2014, mais la croissance atteindrait 1,4%, au lieu de 0,6%», assure Eric Heyer. Avec une croissance supérieure à 1%, le chômage cesse de progresser.

Pour l’OFCE, opter pour cette stratégie relève d’autant moins du fantasme que les Pays-Bas, jadis fervents partisans de la rigueur budgétaire, viennent de renoncer à de nouvelles mesures d’austérité. Résultat: ils n’atteindront pas l’objectif des 3% de déficit public en 2014.