L'austérité, pas si bonne que ça pour la croissance?

ECONOMIE Une étude faisant référence sur l'austérité aurait abouti à des résultats biaisés...

Avec Reuters

— 

Sur le campus d'Harvard.
Sur le campus d'Harvard. — Elise Amendola/AP/SIPA

La lutte acharnée contre les déficits publics ne serait finalement peut être pas aussi efficace que le laissait penser une étude présentée en 2008 par Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff, deux économistes de Harvard de premier plan.

 Dans ces travaux de référence, qui ont contribué à pousser les gouvernements occidentaux à comprimer les dépenses publiques et ont été cités par des responsables politiques aux Etats-Unis et en Europe comme justificatif du besoin de réduire les déficits, il est stipulé que la croissance d'un pays commence à ralentir une fois que son endettement représente plus de 90% de son produit intérieur brut (PIB).

Série d’erreurs

Or, des chercheurs à l'Université du Massachussets d'Amherst, disent dans une autre étude que le taux de croissance moyen réel de pays présentant un ratio d'endettement de plus de 90% du PIB «est en réalité de 2,2% et non pas de -0,1% comme il a été dit par Reinhart et Rogoff».

«Des erreurs de codage, la non prise en compte de certaines données (...) ont conduit à d'importantes erreurs qui donnent une représentation inexacte du lien entre la dette publique et la croissance du PIB de vingt pays développés depuis l'après-guerre», estiment les auteurs de cette autre étude, Thomas Herndon, Michael Ash et Robert Pollin.

«Pas de règle générale»

Carmen Reinhart et Kenneth Rogogg, qui disent avoir tout juste pris connaissance de cette étude, s'en sont tenus à leurs propres conclusions.

«Bien sûr, d'autres travaux de recherche sont nécessaires puisque que les données que nous avons développées et qui sont utilisées dans ces études sont nouvelles», écrivent les deux économistes dans une réponse commune envoyée par courrier électronique.

«Il n'en demeure pas moins que, à ce jour, les données sont conformes à notre première interprétation.»

Robert Pollin a dit à Reuters que le but des travaux menés avec Thomas Herndon et Michael Ash n'était pas de prouver que le niveau d'endettement d'un pays n'avait aucune importance.

Il s'agit plutôt de contrer l'idée qu'il y a une sorte de règle générale - le seuil des 90% de Reinhart et Rogoff – «qui nous ferait tomber dans l'abîme si jamais il était franchi.