Grèce: première baisse des prix à la consommation en 45 ans

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Les prix à la consommation en Grèce ont baissé de 0,2% en mars, marquant le premier recul annuel de l'indice des prix depuis mai 1968, selon les données publiées mardi par l'Autorité statistique grecque (Elstat).
Les prix à la consommation en Grèce ont baissé de 0,2% en mars, marquant le premier recul annuel de l'indice des prix depuis mai 1968, selon les données publiées mardi par l'Autorité statistique grecque (Elstat). — Sakis Mitrolidis AFP

Les prix à la consommation en Grèce ont baissé de 0,2% en mars, marquant le premier recul annuel de l'indice des prix depuis mai 1968, selon les données publiées mardi par l'Autorité statistique grecque (Elstat).

En février, les prix avaient augmenté de 0,1% sur un an.

«C'est la première fois depuis mai 1968 que l'indice des prix est négatif» en Grèce, a indiqué à l'AFP Michaïl Glenis, responsable du suivi de l'inflation de l'Elstat.

A l'époque, deuxième année de la junte des colonels en Grèce (1967-1974) l'indice des prix avait enregistré «une baisse de 0,3%, avant de commencer à monter en juin 1968 avec un taux de +0,5% sur un an», a-t-il ajouté.

Les économistes diffèrent sur la signification de ce recul, soit entrée en déflation potentiellement dangereuse dans une économie hyper fragilisée et en récession sévère, soit premier symptôme de guérison après la potion amère de l'austérité, administrée depuis 2010 à la Grèce.

La déflation «est une des conséquences les plus négatives de la poursuite d'une politique de rigueur unilatérale et violente, qui fait baisser la demande, et aboutit à une économie en profonde récession», a estimé Kostas Melas, professeur en économie internationale à l'Université Pantion à Athènes.

Panayotis Petrakis, professeur d'économie à l'Université d'Athènes, pointe, lui, les aspects positifs de la baisse des prix: Elle «peut être considérée comme le premier signe que les politiques de rééquilibrage et la dévaluation intérieure imposées à la Grèce» par ses bailleurs de fonds internationaux UE et FMI, «portent finalement leurs fruits», dit-il.

La baisse des prix va «favoriser», selon lui, «les secteurs orientés sur l'exportation» et «contribuera à restaurer la compétitivité de l'économie grecque», même si elle continuera d'avoir un «côut énorme» sur le plan social dans le secteur non marchand.

«La casse sociale ne s'arrêtera pas tant que le processus de rééquilibrage de l'économie grecque» entre son secteur marchand et son secteur non marchand -qui représentait environ 70% de l'économie globale du pays avant la crise- «n'arrive pas à maturité», a-t-il estimé.

Depuis 2008, le Produit intérieur brut (PIB) cumulé de la Grèce a baissé de plus de 22%.

«La baisse des prix va se poursuivre tant que le programme d'ajustement budgétaire continue et qu'il n'y a pas de mesures pour la croissance et les investissements», souligne M. Melas.

Sur ce point, il est rejoint par M. Petrakis qui réclame la lancement de grands travaux d'intrastructures financés par les fonds structurels européens, seuls à même selon lui de relancer la demande dans le pays atone.

En mars, les plus fortes réductions de prix ont été enregistrées dans les «communications» (-5,1% ) en raison de la baisse des prix des services téléphoniques et sur le poste de «santé» (-4,6%), dans les médicaments et les services médicaux, selon Elstat.

Le poste de «logement» a augmenté le plus (+8%), après la hausse des taxes sur le fioul et l'électricité destinée à augmenter les recettes publiques du pays.

Le budget de l'Etat grec pour 2013 table sur une inflation de 0,8% dans le pays, première victime de la crise de la dette en 2010, qui est soumis à une austérité stricte par ses créanciers UE et FMI, en échange de prêts.

En 2010, au moment du lancement du premier plan d'aide financière internationale à la Grèce, le directeur-général du FMI de l'époque, Dominique Strauss Kahn avait jugé que pour renouer avec la croissance, la Grèce n'avait «d'autre choix que d'augmenter sa compétitivité», en induisant une déflation, notamment sur les salaires et le coût du travail, puisqu'elle ne pouvait pas dévaluer sa monnaie.

Il estimait alors que pour être compétitive avec l'Allemagne, la Grèce devait avoir une inflation inférieure à celle de l'Allemagne.

En mars, l'inflation allemande était au plus bas depuis deux ans (décembre 2010), mais toujours positive, à +1,4%.