Le Portugal maintient le cap de l'austérité pour rassurer ses créanciers

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Le Portugal entend maintenir le cap de l'austérité fixé par ses créanciers internationaux en dépit des critiques provoquées par l'annonce de nouvelles coupes budgétaires, qui doivent compenser les mesures du budget 2013 que la Cour constitutionnelle vient de rejeter.
Le Portugal entend maintenir le cap de l'austérité fixé par ses créanciers internationaux en dépit des critiques provoquées par l'annonce de nouvelles coupes budgétaires, qui doivent compenser les mesures du budget 2013 que la Cour constitutionnelle vient de rejeter. — Patricia de Melo Moreira AFP

Le Portugal entend maintenir le cap de l'austérité fixé par ses créanciers internationaux en dépit des critiques provoquées par l'annonce de nouvelles coupes budgétaires, qui doivent compenser les mesures du budget 2013 que la Cour constitutionnelle vient de rejeter.

Surveillé de près par ses bailleurs de fonds, le Portugal recevra dans les prochaines semaines une visite exceptionnelle des experts de la «troïka» UE-BCE-FMI, a annoncé le gouvernement lundi.

Le Premier ministre Pedro Passos Coelho, fervent adepte de la rigueur budgétaire, avait affirmé la veille qu'il ne changerait pas de politique et assuré que ses objectifs budgétaires seraient atteints grâce à des coupes supplémentaires dans les domaines de la Sécurité sociale, de la Santé et de l'Éducation.

«Le gouvernement respectera tous les objectifs du programme d'aide et réaffirme le respect des engagements intérieurs et extérieurs de l'État portugais», a assuré M. Passos Coelho dans un discours solennel à la Nation.

La Cour constitutionnelle a rejeté la semaine dernière plusieurs des mesures d'austérité inscrites au budget 2013, caractérisé par une hausse généralisée des impôts, estimant notamment qu'elle discriminait les fonctionnaires et les retraités en les privant de leur 14e mois de salaire ou de pension.

Ce verdict prive le gouvernement d'économies allant de 900 millions à 1,3 milliard d'euros, selon les estimations. Un «trou» qui complique la tâche de ramener cette année le déficit public à 5,5% du PIB comme le réclame la «troïka» après avoir consenti un allégement des objectifs budgétaires exigés en contrepartie du plan de sauvetage de 78 milliards d'euros.

Cette décision «a directement affecté l'exercice (budgétaire) en cours et, par conséquent, la +troïka+ fera une visite intercalaire au Portugal», a indiqué le cabinet du ministre des Finances, Vitor Gaspar.

A l'issue du septième examen trimestriel conclu en mars dernier, Lisbonne s'était déjà engagé à présenter un nouveau plan de coupes dans les dépenses publiques visant à faire des économies d'environ 4 milliards d'euros d'ici 2015, condition préalable au versement d'une nouvelle tranche d'aide de 2 milliards d'euros.

«Destruction de l'Etat social»

La Commission européenne avait dès dimanche soir rappelé à Lisbonne ses obligations car «tout écart des objectifs du plan d'aide ou leur renégociation neutraliserait les efforts déjà accomplis par les citoyens portugais ou prolongerait leurs difficultés».

Bruxelles a dans le même temps salué le fait que Lisbonne a confirmé ses engagements «sur le plan budgétaire et en terme de calendrier», disant avoir «confiance dans le gouvernement portugais pour rapidement identifier les mesures nécessaires».

Mais la parade trouvée par le Premier ministre, qui consiste à accélérer les coupes dans les budgets de la Santé, l'Éducation et la Sécurité sociale, a déclenché un flot de critiques de la part de l'opposition de gauche et des syndicats, qui craignent que ces réformes ne sonnent le glas de l'Etat-providence.

Le secrétaire général du Parti socialiste, Antonio José Seguro, a ainsi accusé le gouvernement de «tromper les Portugais» en cherchant à «instrumentaliser» la décision de la Cour constitutionnelle pour «persévérer sur la voie de l'appauvrissement et de la destruction de l'Etat social».

Le Premier ministre «accentue la même politique» d'austérité et «cela entraînera plus de pauvreté et plus d'injustices», a estimé Arménio Carlos, chef de la CGTP, le principal syndicat portugais, qui promet d'accentuer la grogne sociale dans un pays durement touché par la récession et un chômage record.

M. Passos Coelho avait contribué à dramatiser la situation en jugeant que la décision de la Cour constitutionnelle avait «fragilisé» le Portugal alors que le pays souhaite obtenir un allongement des prêts accordés par l'UE afin de faciliter son retour sur les marchés privés de la dette.

Le chef du gouvernement portugais a néanmoins réaffirmé la cohésion de sa coalition de droite, qui dispose à l'Assemblée d'une large majorité, balayant ainsi des rumeurs selon lesquelles elle ne tiendrait plus qu'à un fil.