Chiffres de la croissance française: «Pour 2014, il y a un problème »

Propos recueillis par Bertrand de Volontat

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Pierre Moscovici, ministre de l'Economie et des Finances, à la sortie d'un conseils des ministres le 6 mars 2013.
Pierre Moscovici, ministre de l'Economie et des Finances, à la sortie d'un conseils des ministres le 6 mars 2013. — V. WARTNER / 20 MINUTES

0,1 ; 1,2 ; 2,0%. En deux ans, la croissance va redémarrer. C’est du moins ce qu’avance le ministre de l’Economie, Pierre Moscovici, ce dimanche dans son annonce des chiffres de la croissance française de 2013 à 2015. Christophe Blot, économiste à l’OFCE, souligne pour 20 Minutes un manque de cohérence avec la poursuite de l’ajustement budgétaire…

Les chiffres de la croissance sont-ils trop ambitieux?

Dans son argumentation, Pierre Moscovici se cale sur les chiffres de la commission européenne. Cela n’entraîne pas de biais. Pour 2013, la croissance de 0,1% est la conséquence des mesures d’austérité. En revanche, pour 2014, il y a un problème. La commission a fait ses prévisions (1,2%) en fonctions des éléments budgétaires actuels, donc sans tenir compte des éventuelles coupes supplémentaires prévues par Bercy le mois dernier. Cet objectif de réduction du déficit, qui nécessite des nouvelles mesures restrictives, nous éloigne de ces chiffres de la croissance. A moins d’abandonner cette objectif des 3%...

Croissance élevée et réduction de déficit sont incompatibles?

Cela peut arriver dans un environnement économique très favorable. La croissance doit passer au-dessus de ce qu’on appelle la croissance potentielle.  Il faudrait ainsi avoir au moins 3% de croissance en 2014 pour commencer à voir une réduction automatique du déficit public.

Comment le ministre peut-il alors annoncer l’un et l’autre sans sourciller, notamment vis-à-vis des chômeurs?

Cela devrait être question de cohérence. On ne peut pas dire qu’on va faire des coupes et ensuite annoncer ces objectifs de croissance. En ce qui concerne la question de l’emploi, il faudra bien plus qu’1,2% de croissance pour arriver à le stabiliser. Il n’y aura donc pas d’inversion du chômage comme promis car entre le déficit et la croissance, il y encore beaucoup trop d’équations à résoudre.