Réformes des allocations familiales: Vers un avis très divisé

SOCIAL Le rapport que Bertrand Fragonard doit remettre mardi au Premier ministre n'a pas réuni de consensus au sein du Haut Conseil de la famille qu'il préside...

Claire Planchard

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Une caisse d'allocations familiales (CAF) à Paris, en 2013.
Une caisse d'allocations familiales (CAF) à Paris, en 2013. — V. WARTNER / 20 MINUTES

Les propositions chocs du président du Haut Conseil de la famille (HCF) créent la polémique au sein même de son organisme. Jeudi, la présentation de son pre-rapport a provoqué une levée de bouclier parmi les représentants des syndicats, patronat et associations familiales regroupés au sein du conseil. «Il y a eu beaucoup d’échanges, surtout très riches, mais parfois houleux », raconte Jean-Louis Deroussen, le président de la Caisse nationale d’allocations familiales. «Le texte a fait sortir de leurs gonds bon nombre de membres et notamment l‘idée d’abandonner en quelque sorte le système universel des allocations familiales», poursuit-il.

Après près de huit heures de discussions agitées jeudi , Bertrand Fragonard a finalement tenté d’organiser au débotté un vote à main levée sur chacune de ses propositions. Une méthode inédite qui a provoqué un tollé alors que nombre de membres avaient déjà quitté la réunion. Face à cette fronde, le président a alors proposé à chacun de lui transmettre ses remarques jusqu’à samedi soir.

Ultime réunion lundi matin

Dimanche, une version amendée du pré-avis leur a été renvoyée par mail. «Une nouvelle version qui ne modifie pas les scénarios proposés dans l’avant-projet mais qui  précise seulement le degré d’adhésion qu’elles ont emporté avec des formules comme "la plupart", "quelques membres" ou "de l’avis d’un seul membre"», rapporte Jean-Louis Deroussen. «Nous sommes très déçus sur le fond car il n’y a aucune prise en compte de nos demandes de travailler non pas seulement sur des économies mais aussi sur les sources de financement de la branche famille», déplore Aminata Kone, secrétaire générale adjointe de la Confédération syndicale des familles. «Quant à la méthode, elle nous a heurtés: nous devions travailler jusqu’au 11 avril, et cette accélération du calendrier signifie à notre sens que les décisions ont déjà été prises au plus haut niveau par le président de la République», estime-t-elle.

Une position récusée par Jean-Marie Bonnemayre, président du conseil national des Associations familiales Laïques : «Il y a une part de mauvaise foi à faire comme si la politique familiale était universelle et immuable en France depuis soixante ans, alors que nombre de prestations, comme l’allocation de rentrée scolaire, sont déjà modulées en fonction des ressources et que notre système n’a cessé d’évoluer pour s’adapter à la société et à la situation économique, comme le propose aujourd’hui M. Fragonard, pour être plus juste et solidariste», soutient-il.

Une ultime réunion a finalement été organisée in extremis et à la surprise générale ce lundi à 9h30 pour discuter une dernière fois avant la date butoir de remise de l’avis au Premier ministre fixée mardi. «Tous les membres du conseil ne seront probablement pas présents. A ce stade le fond ne changera plus. L’avis du haut conseil sera très nuancé et partagé… », estime le président de la Cnaf.