Affaire Cahuzac: Et si ce n’était que le début du grand déballage?

ENQUÊTE près les révélations de l’ancien ministre du Budget, c’est son trésorier de campagne qui est ciblé...

Mathieu Bruckmüller

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Jérôme Cahuzac en visite à Bordeaux en février 2013.
Jérôme Cahuzac en visite à Bordeaux en février 2013. — S. ORTOLA / 20 MINUTES

Encore une information qui tombe mal pour François Hollande. Ce jeudi matin, le journal Le Monde qui s’est procuré des millions de fichiers relatifs à des transactions financières dites «offshore» à travers la planète a révélé que le trésorier du chef de l’Etat pendant la campagne présidentielle est actionnaire de deux sociétés offshore dans les îles Caïmans. 20 Minutes fait le point sur le dossier.

Qui est Jean-Jacques Augier?

Trésorier lors de la dernière campagne présidentielle du candidat Hollande, Jean-Jacques Augier, 59 ans, est comme François Hollande issu de la promotion Voltaire à l’ENA. Inspecteur des finances, il a fait fortune en redressant la compagnie de taxis G7 en 1987. C’est à partir de 2004 selon Le Monde qu’il part tenter sa chance en Chine.

Que révèle exactement Le Monde?

Pour lancer un réseau de librairies dans l’Empire du milieu, il crée en 2005 dans les îles Caïmans la société International Bookshore Limited. Selon lui, c’est un de ses partenaires chinois, Xi Shu, qui lui a demandé de réaliser ce montage. Toujours en Chine, en 2008, Jean-Jacques Augier «participe à la création d’une deuxième entité offshore, également localisée aux Caïmans, et cette fois avec plusieurs actionnaires internationaux, des tour-opérateurs parmi lesquels des Européens», précise le quotidien du soir.

Ces investissements sont-ils légaux?

L’intéressé assure qu’il n’y a «rien d’illégal», et que l’investissement a été fait par l’intermédiaire d’Eurane en Chine, son holding financier. Il précise par ailleurs qu’il ne possède «ni compte bancaire personnel, ni investissement personnel direct dans ce territoire». «Il n’a rien commis d’illégal. On a le droit, à partir du moment où on déclare au fisc ses revenus. On peut mettre son argent n’importe où», abonde le journaliste Antoine Peillon, spécialiste de la fraude et auteur de Ces 600 milliards qui manquent à la France. Enquête au cœur de l’évasion fiscale, interrogé par 20 Minutes.

Quelles conséquences pour François Hollande?

Pas de doute, après les aveux de Jérôme Cahuzac et sa mise en examen pour blanchiment de fraude fiscale, l’information du Monde sur les investissements de son trésorier tombe mal. Selon le dernier baromètre TNS Sofres pour Le Figaro Magazine, réalisé avant la mise en examen de l'ancien ministre du Budget,  le chef de l'Etat n'enregistre que 27% d'opinions favorables en mars. Pour autant, gare aux conclusions hâtives. «Sans parti pris politique [François Hollande] a fait son possible dès qu’il a pu», estime Antoine Peillon.

Le chef de l’Etat est avant tout jugé «sur l’économie et le sociale, la crise et le chômage», analyse ainsi Eric Bonnet, directeur d'études à BVA opinion.  «Il faut voir quels vont être les développements de l’affaire pour évaluer les impacts. Mais jusqu’à présent, François Hollande est considéré comme étant honnête par les Français et cela ne l’empêche pas d’être impopulaire. On a vu des anciens présidents ou hommes politiques jugés malhonnêtes et néanmoins populaires et réélus. Monsieur Chirac était très contesté sur son honnêteté. Il y avait de nombreuses affaires. Cela ne l’a pas empêché d’être réélu. Pour les Français, le critère principal de jugement sur un homme politique est sa compétence à résoudre leurs problèmes», ajoute l’expert.

Faut-il s’attendre à d’autres révélations?

«Oui, je pense. Une source suisse bien placée m’a fait état de l’existence de comptes suisses non déclarés de nombreuses personnalités politiques françaises passés par les mêmes tuyaux que ceux de Monsieur Cahuzac», avance Antoine Peillon. Mercredi sur France Inter, il révélait que plusieurs sources concordantes lui ont parlé non pas d’une somme de 600.000 euros sur le compte de Jérôme Cahuzac, mais de 16 millions d’euros. Un chiffre qui devra être vérifié, s’était empressé de préciser le journaliste.

Et pour cause: «Les sources n’ont pas produit de documents». «Je n’ai pas de confirmation, ni de vérification. Je pense que ça relève de l’enquête judiciaire», nous précise ce jeudi le journaliste de La Croix. Mais une chose est sûre, à ses yeux: la somme jusqu’ici annoncée sur le compte à l’étranger de l’ancien ministre est «une blague». Impossible à ce niveau d’accéder à une grande banque internationale, suisse en l’occurrence. D’après lui, il fallait au moins 10 millions d’euros pour «bénéficier d’une ingénierie financière de haut niveau».