Réforme de l’épargne: Vers une nouvelle assurance-vie?

ARGENT Pour doper les PME, un nouveau contrat pourrait être proposé...

Mathieu Bruckmüller

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Stand CNP Assurances au salon Actionaria à Paris.
Stand CNP Assurances au salon Actionaria à Paris. — MEIGNEUX/SIPA

Une réforme à minima? Maintes fois annoncé, le rapport des députés PS Karine Berger et Dominique Lefebvre sur l’épargne longue devrait enfin être dévoilé ce mardi avec pour ambition de l’orienter d’avantage vers les entreprises et notamment celles de tailles moyennes dont le développement est entravé par la raréfaction du crédit. En effet, en période d’incertitude, les banques sont toujours plus frileuses.

Une manne de 1.400 milliards d’euros

L’idée serait d’utiliser le levier de l’assurance-vie dans lequel 42% des ménages français ont placé plus de 1.400 milliards d’euros. Or 85% de ces sommes gérées sont injectées dans des fonds euros qui misent en bonne partie sur la dette des entreprises et surtout des Etats dont la France pour 209 milliards d’euros à travers les obligations assimilables du Trésor (OAT). Malgré un rendement quatre fois supérieur en 2012, les supports assurance-vie en unités de compte qui font la part belle aux actions restent délaissés par les épargnants.

La majorité voudrait dont inverser la tendance. «Il y a des Français qui ont les moyens. On pourrait leur proposer une incitation pour financer les entreprises», a souligné Karine Berger, lundi sur i-Télé. Et selon le Journal du Dimanche, elle préconiserait la création d'un contrat d'assurance-vie «hybride» combinant la sécurité du capital des contrats classiques en euro et la possibilité d'investissements plus risqués caractéristiques des contrats en unités de compte avec comme objectif d’investir 100 à 200 milliards d'euros dans les entreprises d’ici 2017.


L'interview politique de Christophe Barbier par ITELE

Des millions d’emplois en perspective? 

«Avec 20 milliards d’euros alloués chaque année au financement des PME, c’est un million d’emplois créés par an», s’enthousiasme déjà Karine Berger. Mais encore faut-il convaincre les épargnants de faire le saut à un moment où l’aversion au risque est à son comble après la crise chypriote. «Compte tenu des échecs des contrats DSK et NSK, il est fort à parier que cette proposition n’emballe pas les foules», pointe Philippe Crevel. 

Mais le statu quo n’est plus possible. «Il faut trancher», assène Jean-Paul Betbèze, président de Betbèze Conseil: utiliser l’épargne pour financer les déficits ou la croissance de demain en misant sur les entreprises.

Autre piste du rapport Berger- Lefebvre, mais qui semble moins tenir la corde: la création d’un plan d’épargne actions dédié aux PME destiné là aussi aux ménages les plus aisés. Mais dans tous les cas, encore faudra-t-il que les dirigeants de PME acceptent d’ouvrir leur capital aux investisseurs. Le risque selon Philippe Crevel est de devoir une partie des sommes réorientées non pas vers des PME françaises, mais allemandes par exemple. Selon lui, le rapport qui devait refonder l’épargne française pourrait bien faire «flop».