Chypre: Les investisseurs étrangers ont-ils réussi à vider leurs comptes en catimini?

FINANCE Alors que les négociations sur le plan de recapitalisation du secteur bancaire piétinaient, les plus gros déposants étrangers auraient réussi à retirer l’essentiel de leurs avoirs, selon Reuters...

C.P.

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Une agence de Laiki Bank fermée à Nicosie, le 21 mars 2013
Une agence de Laiki Bank fermée à Nicosie, le 21 mars 2013 — Petros Karadjias/AP/SIPA

Une super-taxe pour rien? Alors que Chypre vient d’annoncer un plan drastique prévoyant de ponctionner très lourdement, jusqu’à 40%, les avoirs de plus de 100.000 euros détenus par Laiki Bank et Banks of Cyprus, Reuters révèle ce mardi que les caisses des deux plus gros établissements pourraient avoir été en grande partie vidés avant et pendant les négociations. 

Des retraits plus importants qu’annoncés

«Les négociateurs de l’Union européenne (UE) ont réalisé que quelque chose clochait quand la Banque centrale de Chypre a demandé à la BCE plus de billets de banques que ce que les retraits qu’elle rapportait à Francfort n’auraient nécessité», a expliqué à Reuters une source européenne proche du dossier. «Les sommes mentionnées quotidiennement par les Chypriotes étaient bien inférieures à ce qu’elles étaient en réalité», poursuit-elle.

Problème: personne ne sait exactement combien d’argent a été retiré des banques de l’île, ni où cet argent est parti. Seule certitude, selon Reuters: alors que les agences bancaires sont fermées depuis plus de dix jours à Chypre et que les retraits dans les distributeurs sont plafonnés, les filiales étrangères des deux principales banques concernées par le plan seraient au cœur de cette fuite de capitaux. «Laiki Bank et Bank of Cyprus ont des unités en Grande-Bretagne qui sont restées ouvertes pendant le week-end et n’ont imposé aucune limité aux retraits», explique Reuters. Par ailleurs, Bank of Cyprus possède 80% de la banque russe Uniastrum Bank qui n’a mis aucune restriction non plus. Or, les dépôts russes à Chypre sont estimés à 20 milliards d'euros, sur les 33 milliards d'euros de dépôts appartenant à des non-résidents (contre seulement 32,2 milliards d'euros pour les dépôts des résidents).

Combines et contournements

Par ailleurs, des entreprises qui devaient faire face à des remboursements se seraient aussi vu accorder des fonds. Des transferts pour financer des «échanges de produits humanitaires, médicaments et carburants pour les jets ont aussi été autorisés», note l’agence. En clair, toutes les combines auraient été bonnes pour contourner les limites officiellement posées.

Selon Chris Pavlou, qui était vice-président de Laiki jusqu’à vendredi, les sommes ainsi retirées se compteraient toutefois en millions d’euros mais pas en milliards. Le ministre allemand des finances Wolfgang Schaüble n’a voulu communiquer de montant à Reuters, indiquant seulement que la BCE se penchait actuellement sur le sujet.