Immobilier: La fin de la «dictature du vendeur»?

CONJONCTURE Selon les professionnels de l'immobilier, le rapport de force s'est clairement inversé en faveur des acquéreurs...

Claire Planchard

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Jeune femme visitant un appartement avec un agent immobilier.
Jeune femme visitant un appartement avec un agent immobilier. — POUZET/SIPA

Il est loin le temps où un acheteur parisien devait faire une offre sur le champ et même parfois surenchérir pour espérer emporter une vente. «En 2010, avec une croissance des prix de plus de 20%, chaque opportunité manquée et tout report de projet signifiait une perte de pouvoir d’achat immobilier. Aujourd’hui, les acheteurs ont le temps pour eux : dans un contexte de baisse anticipée des prix de 5 à 10% en 2013, ils savent que ce n’est pas grave si un bien leur échappe, ils négocient et n’hésitent plus à faire des offres 15% inférieures au prix de présentation. C’est un changement psychologique majeur», explique Christophe de Pontavice, le président de l’agence en ligne Efficity.com.

Pourquoi un tel changement? La baisse de 12% des transactions en 2012 a d’abord contribué à une hausse des stocks d’annonces. En Ile-de-France, Efficity affichait ainsi au 1er trimestre 2013 16% de petites annonces de plus qu’au 3e trimestre 2012. Pour le vendeur, c’est donc plus de choix, et plus de temps pour comparer et négocier. Mais l’évolution majeure réside surtout dans le nouveau consensus sur la nécessaire correction des prix après l’envolée enregistrée ces dernières années. «Aujourd’hui 51% des acheteurs anticipent une baisse contre 45% l’an dernier et cela concourt au fait que le marché accepte la baisse des prix», ajoute Christophe de Pontavice.

Sagesse et discernement

Une tendance confirmée par Bernard Cadeau, le président du réseau immobilier Orpi, qui a lancé en début d’année l’opération «Revisitons les prix». «Tout notre travail de pédagogie consiste à expliquer aux vendeurs qu’en mettant leur bien en vente au prix du marché, non seulement ils ne perdent pas d’argent, mais ils mettent aussi toutes les chances de leur côté pour réduire leur délai de vente et se positionner dans les meilleures conditions pour acheter à leur tour le bien qu’ils ont repéré», confie le spécialiste, heureux de constater que son initiative fait des émules.

Pour lui, seule une baisse des prix de 5 à 15% selon les zones pourra redonner le pouvoir d’achat nécessaire pour débloquer le marché immobilier. Mais cela ne signifie pas pour autant que l’acquéreur peut tout se permettre, notamment dans les marchés où l’offre reste limitée comme Paris: «Nous avons affaire à des clients matures, qui n’abusent pas de la situation», explique-t-il, appelant au discernement et à la sagesse de part et d’autre. Et de rappeler: «Qu’on soit vendeur ou acheteur on ne peut de toute façon pas différer indéfiniment un projet immobilier, car il est le plus souvent lié à des événements qui imposent de le réaliser dans un certain délai…»