Le patron de la zone euro sous le feu des critiques

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Deux mois après son entrée en fonction, le nouveau patron de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, est de plus en plus contesté pour sa gestion de la crise chypriote, surtout depuis qu'il a laissé entendre que la solution consistant à faire payer les banques pourrait être appliquée à d'autres pays.
Deux mois après son entrée en fonction, le nouveau patron de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, est de plus en plus contesté pour sa gestion de la crise chypriote, surtout depuis qu'il a laissé entendre que la solution consistant à faire payer les banques pourrait être appliquée à d'autres pays. — John Thys AFP

Deux mois après son entrée en fonction, le nouveau patron de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, est de plus en plus contesté pour sa gestion de la crise chypriote. Quelques heures après l'approbation du plan d'aide à Chypre, le jeune ministre néerlandais des Finances s'est dit favorable à ce que le secteur financier assume à l'avenir les risques pris par les banques. «Si nous voulons avoir un secteur financier sain, le seul moyen est de dire: "Si vous prenez des risques, vous devez les assumer"», a-t-il dit, expliquant qu'il faudrait d'abord faire appel aux actionnaires, aux détenteurs d'obligations, puis, si nécessaire, aux déposants non assurés (au dessus de 100.000 euros).

Ces déclarations ont aussitôt fait chuter l'euro et les marchés, devant la crainte que le plan imposé à Chypre ne serve d'exemple pour d'autres pays fragiles de la zone euro. Jeroen Dijsselbloem s'est empressé de faire une mise au point, assurant que Chypre était «un cas spécifique» qui ne devait pas servir de «modèle». Mais le mal était fait. Le travailliste néerlandais, ministre des Finances de son pays depuis novembre et qui n'a pris les rênes de l'Eurogroupe que fin janvier, s'est attiré une volée de bois vert.

Manque d'expérience et de leadership

De «Dijsselblood» à «Dijsselbourde», la twittosphère se déchaîne, rejointe par certains analystes. «Vos mots vont accroître les coûts de financement des banques à l'avenir ce qui, comme vous devez le savoir, ne va pas encourager le crédit», écrit un analyste de la banque ING. Pour Erik Nielsen, d'Unicredit, «quand des dirigeants européens font ce genre de déclarations, cela diffuse l'angoisse». Mais «la mauvaise communication concernant les détails du plan pour Chypre a commencé» le 16 mars «quand il a été annoncé que même les petits déposants allaient y perdre», souligne-t-il.

Par ailleurs, Jeroen Dijsselbloem s'est vu reprocher de ne pas avoir su, par manque d'expérience et de leadership, empêcher la décision, abandonnée depuis, de taxer les déposants même en-dessous du montant garanti de 100.000 euros. Son prédécesseur, le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, s'était empressé d'ironiser: «C'est la première fois qu'un accord est élaboré sans ma participation, c'est pour cela qu'il comporte des lacunes». Selon Jeroen Dijsselbloem, ce dernier s'est ensuite excusé auprès de lui en disant avoir voulu faire un bon mot.

D'autres font valoir que le modèle du «bail-in» (sauvetage faisant intervenir les actionnaires, détenteurs d'obligations et éventuellement certains déposants), par opposition au «bail-out» (sauvetage assuré par les seuls deniers publics, donc les contribuables), est celui défendu par la Commission européenne. Les propos de Jeroen Dijsselbloem «ne sont pas incongrus. Ce concept fait partie des idées de législation sur la restructuration des banques», a réagi sur Twitter la présidente de la Commission des affaires économiques du Parlement européen, Sharon Bowles. «Il manque de tactique, mais son honnêteté est à mettre à son crédit», a-t-elle ajouté.