Chypre va-t-elle sortir de la zone euro?

CRISE Nicosie a jusqu’à lundi pour trouver six milliards d’euros et ses partenaires s’impatient...

M.B.

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Illustration: Chypre en crise dans la zone euro.
Illustration: Chypre en crise dans la zone euro. — REUTERS/Andrew Winning

C’est le week-end de la dernière chance pour Chypre. L'Union européenne (UE) donne à Nicosie jusqu'à lundi pour trouver les quelque six milliards d'euros nécessaires pour compléter son plan de sauvetage. La chancelière allemande Angela Merkel a d’ailleurs prévenu vendredi matin qu'il ne fallait «pas abuser de la patience des partenaires de la zone euro».

LA BCE prête à étrangler Nicosie

En effet, à partir de lundi, la Banque centrale européenne (BCE) ne fournira plus d'assistance de liquidité d'urgence si un programme de renflouement international n'est pas signé. Autrement dit, la BCE, en organisant un blocus monétaire, veut forcer les dirigeants chypriotes à signer un accord. Car selon Bruxelles, en cas d'effondrement du système financier chypriote, au minimum 30% à 40% de tous les dépôts bancaires non garantis de plus de 100.000 euros seraient perdus. Et alors, contraint de subir une dévaluation monétaire pour permettre une reprise de l'économie, le pays se verrait montrer par ses partenaires la sortie de la zone euro qu’elle a rejoint en 2008. «Tout retour à la livre chypriote entraînerait une perte significative de valeurs d'actifs et conduirait à un cercle vicieux de dévaluation et d'hyperinflation», s’alarme déjà Bank of Cyprus, la première banque chypriote.

Mais jusqu’ici, les autorités de Chypre ont exclu de taxer les épargnants comme le suggérait l’UE. La ponction de 6,75% sur les dépôts des épargnants inférieurs à 100.000 euros et de 9,9% au-delà étaient susceptibles de rapporter 5,8 milliards d’euros. En échange, l’UE et le Fonds monétaire international avanceraient 10 milliards d’euros à Nicosie, au bord de la faillite.

Les dirigeants retournent leur veste

Volte-face vendredi midi: le Rassemblement démocrate, le parti au pouvoir à Nicosie, par la voix de son numéro 2, a affirmé qu’une solution conforme aux conditions posées par l’UE est possible dans «les prochaines heures». Dans le même temps, Bank of Cyprus a exhorté le gouvernement à adopter sans plus attendre la mesure proposée par la zone euro de taxer les dépôts bancaires de plus de 100.000 euros, faute de quoi le système bancaire du pays s'effondrerait.

 

En effet, la France avait haussé mercredi le ton contre Chypre, accuseé d'avoir déclenché un vent de panique à travers l'Europe en décidant de taxer les petits épargnants de l'île. «Que cette taxe s’applique à l’ensemble des dépôts ne me paraît pas une bonne idée. Cela donne l’impression que l’Europe s’assoit sur la règle qu’elle a mise en place dans tous les pays européens: une garantie jusqu’à 100.000 euros, par déposant et par banque. Et puis ce n’est pas juste de taxer les petits dépôts: eux ne sont pas là parce que Chypre est un paradis fiscal!», a estimé jeudi François Pérol, le patron des Caisses d’épargne et des Banques populaires dans un entretien accordé à 20 Minutes.

Chypre dos au mur

Chypre est donc au pied du mur. «Pour l'instant, elle bénéficiait de la protection de la zone euro tout en ayant un rôle important dans le recyclage des flux de capitaux russes. La question qui est posée est de savoir si ces deux options sont encore compatibles», analyse Philippe Waechter, de Natixis Asset Management. Car aujourd’hui les avoirs russes, essentiellement issus du blanchiment d'argent, dépassent les 20 milliards d'euros, soit un tiers du montant total des dépôts à Chypre.

Malgré tout, même si la crise chypriote inquiète la zone euro, les responsables ne semblent pas considérer un abandon de la monnaie unique par l'île comme une solution inacceptable, comme cela a été le cas pour la Grèce. Si cette dernière ne représente que 2% du produit intérieur brut (PIB) de la zone euro, cela reste dix fois plus important que la part de sa voisine. Et le cas de Chypre, dont le système bancaire brasse huit fois plus d'argent que le PIB du pays, est jugé exceptionnel.