François Pérol.
François Pérol. — I. SIMON / SIPA

Économie

« Pour les étrangers, la France est anti-business »

François Pérol Le patron du groupe BPCE répond à «  20 Minutes »

La menace sur la zone euro et la fiscalité font réagir François Pérol, patron des Banques populaires et des Caisses d'épargne.

L'Europe voudrait que Chypre taxe les dépôts bancaires. Pourrait-elle avoir la même exigence pour la France ?

Non. Chypre est un paradis fiscal, pas la France. Sa richesse est surtout constituée des dépôts effectués par des non-résidents, notamment russes. Je comprends la proposition de l'Union européenne, même si je pense qu'elle a été mal expliquée. Mais que cette taxe s'applique à l'ensemble des dépôts n'est pas une bonne idée. Cela donne l'impression que l'Europe s'assoit sur la règle qu'elle a mise en place : une garantie jusqu'à 100 000 €, par déposant et par banque. Et ce n'est pas juste de taxer les petits dépôts qui ne sont pas là parce que Chypre est un paradis fiscal !

Faut-il craindre un risque de contagion en France?

Non. La situation de Chypre est très particulière. En France, nos clients ne se sont pas rués vers nos guichets pour récupérer leur épargne. Et la France est w peu engagée financièrement à Chypre.

Le gouvernement est-il allé trop loin dans les hausses d'impôts ?

Imposer les revenus du capital comme ceux du travail, dans un pays ou le travail est taxé jusqu'à 65 %, est dangereux. Il faut garder à l'esprit que les personnes ayant du capital sont les plus mobiles. Je rencontre beaucoup d'investisseurs étrangers qui ont l'impression que la France est « anti-business ». Il ne faut pas sous-estimer cette perception car ces investisseurs financent les deux tiers de notre dette qui atteint 1 800 milliards d'euros. Quant aux entrepreneurs français, ils sont nombreux à tenir le discours suivant, par découragement : «Il faut restructurer les activités présentes en France et se développer ailleurs.»