«Un artisan n’est pas quelqu’un qui a raté ses études»

ECONOMIE A l'occasion de la semaine de l'artisanat, 20 Minutes est allé à leur rencontre...

Ohiana Gabriel

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L'artisanat pèse un cinquième des emplois en Ile-de-France
L'artisanat pèse un cinquième des emplois en Ile-de-France — ANSOTTE / ISOPIX / SIPA

«Un artisan n’est pas quelqu’un qui a raté ses études, mais qui a la passion d’un métier », martèle Daniel Goupillat, président de la chambre régionale de métiers et de l’artisanat d’Ile-de-France. Ce secteur, qui pèse dans la région un cinquième des emplois, première région artisanale française, cherche à se faire connaître et à rappeler qu’il est un formidable vivier de débouchés. Notamment grâce à la Semaine nationale de l’artisanat qui débute ce vendredi, et qui met en avant les Paroles d’artisans avec des rencontres dans des centres de formation d’apprentis (CFA) et des interventions dans des collèges et ateliers.

L’emploi s’est maintenu

L’artisanat regroupe 250 métiers dans quatre secteurs (bâtiment, alimentation, fabrication et services), mais aussi des savoir-faire traditionnels comme des conceptions de haute technologie pour l’aviation, la Formule 1… Si la crise a fragilisé les maçons, imprimeurs, réparateurs ou cordonniers, «l’artisanat s’en sort mieux que les PME et l’emploi s’est maintenu [14 % des entreprises artisanales ont embauché au 1er semestre 2012], car ces petites structures réagissent vite», estime Daniel Goupillat. La transmission de ces métiers, qui peinent parfois à trouver des aspirants, reste primordiale. Et Daniel Goupillat de rappeler que plus de 80 % des apprentis trouvent un emploi six mois après leur diplôme. Si l’effort de la région pour construire des CFA est salué, il espère que la Banque publique d’investissement donnera un coup de pouce aux très petites entreprises artisanales.

Témoignages:

Gilles Cresno, 33 ans, chocolatier à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine):
«J’ai ouvert ma chocolaterie en 2003 en micro-entreprise. Aujourd’hui, on est entre 15 et 20 en période de rush. Toutes les étapes se font à la main, les produits sont frais : on prend des oranges bio, des bâtons de cannelle, du basilic. Nos chocolats attirent beaucoup de gourmands et d’apprentis. On est hissé au rang d’artiste. Mais on n’est pas des génies : on teste et on améliore. Il y a quelques années, l’artisanat était décrié, on disait aux mauvais élèves qu’il finiraient garagistes. Aujourd’hui, les plombiers sont très demandés et bien payés ! Ces métiers retrouvent leurs lettres de noblesse. Ce ne sont pas des jobs honteux, mais un réservoir d’emplois pour un profil particulier. Car les artisans ont un savoir-faire technique et mouillent la chemise !»

Samuel Cohen, 62, coiffeur bio à Versailels (Yvelines):

«Mon père était coiffeur et j’ai commencé dès 17 ans à faire des coupes. Après un apprentissage dans les grands salons parisiens, j’ai monté ma propre affaire à Versailles en 1982. Il y a quinze ans, je suis devenu du jour au lendemain allergique aux produits chimiques. Du coup, j’ai fait des recherches et choisi de m’orienter vers la coiffure bio composée uniquement de produits végétaux. Et j’arrive aujourd’hui à proposer toutes les nuances et reflets. Mon salon, C. Comme Autrefois, est aussi «responsable» avec des économies d’énergie, des meubles en matières naturelles… La crise ne me fait pas peur. Ce qu’il faut, c’est innover. Les grosses maisons licencient, mais les jeunes ne doivent pas avoir peur de créer leur entreprise. Au salon, j’ai deux apprentis et un contrat de qualif. Mon rôle est de transmettre. C’est pourquoi nous avons comme projet, avec ma fille, de monter une école de coiffure bio.»

Bernardo Batista, gérant d'une entreprise de bâtiment à Buc (Yvelines):

«Après avoir été salarié dans des entreprises françaises, j’ai créé Bati Moderne en 2007, spécialisé dans la rénovation de monuments historiques et copropriétés en pierre. J’ai commencé avec un employé, et aujourd’hui, on est huit. Pas mal de mes collègues ont des soucis avec la crise, mais mon planning est plein jusqu’à la fin 2013 et j’ai des perspectives pour 2014, on est voués à s’agrandir. Nous allons d’ailleurs faire construire des locaux plus grands. Nous avons reçu en 2013 le prix de l’innovation : j’ai déposé un brevet pour mettre au point une brique écologique qui puise chaleur et fraîcheur dans la terre. Les métiers du bâtiment ont été dévalorisés, mais j’ai l’impression que l’attitude des clients change, ils sont attachés à la qualité. Mais c’est difficile de trouver des apprentis bien formés et motivés.»