A Bruxelles, les dirigeants européens se déchirent sur l’autel de la rigueur

ECONOMIE Jeudi, le sommet des 27 s’annonce très tendu...

Mathieu Bruckmüller

— 

François Hollande lors du Sommet européen, le 14 décembre 2012 à Bruxelles.
François Hollande lors du Sommet européen, le 14 décembre 2012 à Bruxelles. — FREDERIC SIERAKOWSKI/ISOPIX/SIPA

Austérité contre croissance. C’est le match qui se profile jeudi et vendredi à Bruxelles entre les 27 chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne pour un nouveau sommet, avec en toile de fond le rejet du projet de budget pour la période 2014-2020, en baisse pour la première fois de son histoire.

>> Les conséquences de cette décision, c'est par ici

La France au milieu du guet

Le Parlement européen a refusé ce mercredi d'accepter telle quelle l’enveloppe budgétaire égale à 1% du revenu national brut de l'Union âprement négociée lors du précédent Conseil européen en février. Tout est à refaire pour trouver un compromis avec les parlementaires d’ici à juillet, qui refusent l’austérité pour les sept années à venir. Cette bataille est à l’image de la fracture qui se dessine chez les dirigeants des 27 entre les pays du Nord, emmené par l’Allemagne, pour qui la rigueur est un préalable indispensable au retour de la croissance, et les pays du Sud enfoncés dans la crise en dépit d’efforts colossaux pour réduire leurs déficits publics. Avec, la France au milieu du gué.

Après avoir martelé tout au long de la campagne présidentielle son intention de renégocier le pacte budgétaire européen signé par son prédécesseur, François Hollande avait arraché en juin 2012 un pacte de croissance de 120 milliards d’euros pour remettre de l’huile dans les rouages d’une économie européenne encore grippée par la crise des dettes souveraines. Mais depuis, le locataire de l’Elysée qui s’était alors allié avec l’Italie et l’Espagne pour faire plier Angela Merkel, a dû baisser d’un ton.

L’axe Merkel-Cameron

Face à l’aggravation de la situation économique, Paris ne sera pas capable de tenir ses objectifs de réduction des déficits en 2013. Au lieu de 3% promis en 2013, François Hollande a indiqué qu’il sera plutôt de 3,7% et 3% en 2014. Si l’Allemagne s’agace de ce nouvel écart, la Commission européenne serait sur le point de donner son feu vert sous conditions. En échange, la France devrait donner des gages à ses partenaires sur la poursuite des réformes. A première vue, le rouleau compresseur de l’austérité ne ralentit pas, d’autant qu’après le départ de Nicolas Sarkozy, la chancelière allemande a trouvé un nouvel allié de poids: David Cameron, le premier ministre britannique qui souhaite mettre le vieux continent au régime.

Mais cet axe conservateur doit composer avec les pays du Sud dont «la descente aux enfers», comme le note Marc Touati, s’est accentuée. «Ainsi, après une récession dramatique en 2009, puis une toute petite reprise en 2010, la récession est revenue dès 2011 et s’est accélérée en 2012. L’évolution des glissements annuels fait froid dans le dos: -1,8% en Espagne, - 2,7% en Italie, -3% à Chypre et -3,8% au Portugal», explique l’économiste. Vendredi, les ministres européens des finances se pencheront d’ailleurs au chevet de Nicosi dont les besoins sont estimés à 17,5 milliards d'euros. Car à coup de plans d’austérité, ces pays risquent de mourir guéris. 

L’austérité vilipendée

Le très libéral Fonds monétaire international (FMI) a lui-même reconnu en janvier qu’il avait sous-estimé l’impact récessif des coupes budgétaires. Pour Christophe Blot, économiste à l’OFCE, non seulement les politiques menées depuis 2011 «négligent le coût social durable d’une telle stratégie», mais elles sont «directement responsables du retour de la récession». Le chômage des jeunes dépassent les 60% en Grèce, il atteint les 50% en Espagne.

«Cet aveuglement dogmatique rappelle la réplique finale du film La Haine (réalisé par Mathieu Kassovitz): «C’est l’histoire d’une société qui tombe et qui, au fur et à mesure de sa chute, se répète sans cesse pour se rassurer: jusqu’ici, tout va bien, jusqu’ici, tout va bien, jusqu’ici, tout va bien… L’important, ce n’est pas la chute, c’est l’atterrissage», illustre Christophe Blot. Pour son collègue Matthieu Plane, l’Allemagne doit enfin faire preuve de solidarité et de souplesse à l’égard de ses voisins. Bref, trouver un terrain d’entente entre l’austérité et la croissance. Et finir sur un match nul pour assurer l’avenir de l’Europe?