Les disparités salariales en perte de vitesse dans les entreprises françaises?

ETUDE C'est ce que suggère l’Insee dans l'édition 2013 de son ouvrage «Emploi et salaires» présenté mardi...

Claire Planchard

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Bulletins de paie.
Bulletins de paie. — A. GELEBART/20 MINUTES

Surprise. A contre courant du creusement observé dans la plupart des pays développés (Grande-Bretagne, Etats-Unis, Allemagne ou encore Japon et Suède), la France a connu ces quarante dernières années un tassement des écarts de salaires versés dans ses entreprises.

Dans une étude inédite portant sur le salaire journalier des hommes travaillant à temps complet dans le secteur privé entre 1967 et 2009, l’Institut public de la statistique révèle que l’écart entre les 10% les mieux payés et les 10% les moyens bien payés s’est réduit de 3,5 à 3 sur la période. Une baisse initiée dans les années 1970 qui s’est poursuivie dans les années 1990 après un léger rebond dans les années 1980.

Le chômage plutôt que la diminution des bas salaires

C’est pour les profils les moins expérimentés que la réduction des disparités salariales est la plus forte: à cinq ans d’expérience, le salaire journalier médian d’un titulaire d’un bac+3 atteignait 2,6 fois celui d’un CAP/BEP en 1967, contre 1,7 fois en 2009. A 25 ans d’expérience, le rapport reste en revanche stable et plus élevé, avec un salaire 2,5 fois supérieur.

Parmi les pistes d’explication: la forte hausse de l’offre de main d’œuvre qualifiée liée à la démocratisation scolaire et la réduction du pouvoir de négociation des jeunes diplômés dans un contexte de forte montée du chômage. Tandis qu’à l’autre bout de l’échelle, les travailleurs peu diplômés sont souvent rémunérés au SMIC, un salaire minimum soutenu depuis quarante ans par des revalorisations légales successives, «ce qui resserre la distribution des salaires en bas de la distribution», note l’Insee.

 Pour l’Institut, cette résistance des salaires des moins qualifiés pourrait même expliquer la divergence de scenario entre la France et les Etats-Unis: alors que les entreprises américaines ont utilisé les rémunérations des métiers délocalisables comme variables d’ajustement face à la concurrence des pays à faible coût de main d’œuvre, leurs homologues françaises auraient, elles, choisi de s’en séparer. Résultat: une  pression à la baisse sur les salaires outre-Atlantique, et une forte hausse du chômage des moins qualifiés chez nous.

Des très hauts salaires en forte progression

En revanche, parmi les profils les plus qualifiés, l’Insee souligne que les disparités augmentent à diplôme égal. Alors que «les travailleurs peu diplômés occupent plus souvent des emplois aux tâches prédéfinies ou répétitives dans lesquelles il est moins facile de se différencier», «les plus diplômés occupent des postes avec plus d’autonomie et sont davantage susceptibles d’avoir une rémunération intégrant une prime variable», peut-on lire dans l’ouvrage. Et avec l’expérience, formations et promotions continuent à creuser les écarts de salaire, explique l’ouvrage.

Au final, la réduction des disparités restent donc relative en haut de l’échelle des salaires: si la part des 10% des salariés à temps complet les mieux rémunérés dans la masse salariale totale n’a augmenté que de 0,8% entre 1995 et 2008 à 26,7%, celle des 1% les mieux payés a elle bondi de 5,6% à 6,9% sur la même période.